‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 239 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XXI

chevalier, je ne souhaite point que vous cachiez au roi votre maître que c'est moi qui ai tué Varillard, Apprenez lui même une chose qu'il lui est bien plus important de savoir: dites-lui que je suis Roland; et je vous demande, pour gage de Famitié que vous faites paroître pour moi, que vous me fassiez parler à ce monarque; je voudrois l'assurer moi-même que, malgré le traitement injurieux qu'il nous a fait , je n'aspire qu'à lui rendre service. Le capitaine fut bien aise d'avoir fait si facilement cette découverte. Il s'étoit attendu qu'elle lui coûterait beaucoup plus de peine et de temps. li en eut tant de joie, qu'il fit mille caresses au guerrier qui venoît de lui faire cet aveu , en lui protestant qu'il ' alloit travailler à lui faire obtenir du roi la satisfaction qu'il demandoit.

Il courut en effet porter à Monodant cette importante nouvelle, et il se promettoit bien d'exciter par son rapport, dans l'âme de son maître, les mêmes mouvements dont la sienne étoit agitée; mais il se trompa dans son attente : le roi avoit déjà reçu la lettre d'Origile, et, venant au-devant de lui les bras ouverts : Mon cherThiami3,luidit-il, vous venez sans doute me confirmer ce que la belle Origile me mande. Le comte Roland en un des deux chevaliers que vous avez arrêtés par mon ordre. Oui, seigneur, répondît l'officier fort mortifié d'avoir été prévenu, ce paladin est dans vos prisons; mais ce que je puis vous dire de plus, et ce que la dame n'a pu vous mander, c'est que Roland a tué Varillard, et qu'il est tout disposé à vous rendre service. Cela seroit-il possible? répliqua le roi, tout transporté de joie. Vous n'en devez pas douter, sei-

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44a ROLAND L'AMOUREUX,

gneur, repartit Thianiis, et, pour vous le persuader, il (lemantle avec instance l'honneur de vous en assurer lui-même. Ah! failes-Ie venir, s'écria Monodant, et si ma satisfaction vou& est chère, ne retardez pas d'un moment ce plaisir.

Cet ordre n'eut pas sitôt été donné que le capitaine des gardes retourna dans les prisons, d'où il tira Brandimart avec empressement, pour le mener au palais, sans lui laisser le ten^s de rien dire au comte, qui demeura fort agité sur le sort qu'on préparoit à son ami. Dès que l'amant de Fleur-de-Lys parut devant le roi d'Éluth, ce monarque lui dit d'un air ouvert et plein de douceur : C'est donc vous qui êtes ce grand guerrier, dont tout l'univers vante les hauts faits. Seigneur, lui répondit Brandimart, je suis Roland, et je viens témoigner à votre majesté que nous n'avons jamais eu , mon compagnon ni moi, dessein de vans offenser. Fameux comte, reprit Monodant , je suis fâché d'avoir été obligé d'user de sévérité à ton égard, maisj'ignorois ton nom; pardonne à cette ignorance le traitement que tu as reçu. Tout chrétien que tu es, ta vertu mérite d'âtre honorée des plus grands princes de la terre. Est-il vrai , poursuivit-il, que, malgré le juste sujet que tu as de te plaindre de moi, tu es prêt à me rendre service ?Tbiamis m'auroit-il fait un fidèle rappiHt? It ne vous en a point imposé , seigneur, reparût le feint Roland ; et je suis disposé à tenir tout ce qu'il vous aura promis de ma part.

THijhle chevalier , dit alors le n» d'Éluth , vous ne savez pas il quoi vous vous engagez ; il est un service que vous pouvez me rendre, pour me procurer le repos que j'ai perdu; mais telle est la nature de ce service, que je

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