‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 27 sur 253 · LIVRE I, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VIII

que sa peur, qui duroit encore , lui peignoit plus fort que Samson. Il imputa donc^ce merveilleux événement à quelque autre cause qu'il ne pouvoit imaginer, et il se flatta qu'en renversant lui-même le vainqueur du géant, il remporteroit l'honneur des joutes.

Cette douce espérance le ramena au t(Himoi. Pour y paroître avec plus grande pompe, il se fit accompagner par onze comtes, la fleur et l'éHte des Mayençoîs. L'on n'a pu savoir de quelles raisons il se servit pour s'excuser auprès de l'empereur de ce qu'il n'avoit pas plus tôt paru 3urles rangs. Tout ce que le bon chroniqueur Turpin rapporte , c'est que Ganes envoya proposer par uh héraut, au priiice anglois, de finir entre eux les joutes, puisqu' aucun Sarrasin ne se présentoit plus pour con^Mttre. Asto^ibe répondit au héraut : Mon ami, retourne vers GaneloD, dis4ui que je l'estime atcoee moins qu'un Samsin; qu'il vienne seulement, je le traiterai comme unhérétique,ceii)ineun traitre,CQmme un tâche qu'il est.

I^ comte Ganes fut piqué de cette réponse inci-vile; il poussa son cheval avec futie contre l'Auglob, «n disant entre ses dents : Maiwais bouffon , je vais te &ire r^itrer daoA le corps les paroles qui te sont échappées à mon déshonneur. Effectivement il esfi^Lt abattre Astolphe, qu'il avoit plus d'une fois vaincu à la joute; mais la lance d'Argaîl l'enleva' des arçons, et après lui son neveu Macaire de Lozane , Pinabel, second fils du comte dliautefeuilte , Radulphe et GrifSn : les autres Mayençois qui avoient paru si empressés à retourner au camp se surent alort' fort mauvais gré d'y être revenus. Comme ils n'avoient pas plus de force que ceux

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qu'Us veDoient de voir abattre, ils ne se s^itoient pas puissamment excités à mériter le prix du tournoi. Tanctis qu'ils paroîssoient comme incertains s'ils entreroient dans la carrière , ■ou s'ils prendroient la fuite une seconde fois, le tenant, plein dé joie dé rabaisser si bien l'orgueil de ces cœurs envieux, les défioit au combat. Venez, race maudite, leur disoit-il, venez, je vous étendrai tous à la Gle sur la poussière, qui est votre lieu naturel.

Le comte Émèri, choqué de ces paroles superbes et outrageuses, se fit donner une forte lance, ensuite il fondit sur Astolphe; mais il n'eut pas meîHeure destinée que les autres. O fortune cruelle ! s'écria le perBde Faucon de Hauterive , en le voyant étendu sur la lice, favoriserez-vous toujours l'ennemi qui nous brave? faut-il que ce charlatan déshonore ainsi la noble maison de Mayence ? Je veux réparer notre homieur.

En achevant ces roots, il part; il va secrètement se faire lier à sa selle avec de fortes courroies, et i-evient bientôt garotté, attaquer le prince d'Angleterre. la précaution éloit d'un homme d'esprit; néanmoins elle ne servit de rien; car, par malheur, ayant été atteint à la visière de son armet par la lance enchantée, ce nouveau restaurateur de la gloire des Mayençois en perdit le sentiment. Sa tête, malgré les courroies, alla frapper la croupe de son cheval, puis glissa sur les flancs jusqu'à l'étrier, oii elle demeura suspendue, au grand étonnement des spectateurs, qui ne pouvoient comprendre ce qui empêchoit le chevalier malencontreux de tomber par terre ; mais ils en furent bientôt éclaircis. Un de ceux fjui l'allèrent secourir, s'étant aperçu de

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