‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 26 sur 253 · LIVRE I, CHAP. Vin · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. Vin

qui lui destinoit des emplois si honot-ables. Il poiisse son énorme cheval contre lui, et se promet oon-seulement de l'étendre mort sur la poussière, mais même de le porter par tout le camp au bout de sa lance. Enfin la fîireurqui te transportoit étoit telle, que tous les chrétiens en frémirent pour Astolphe ; et particulièrement ceux, qui connoissoient ce paladin. Ahl prince téménûre , disoient-ils , quel mauvais génie te pousse à mesurer tes forces avec celles de ce furieux ? tu vas nous faire recevoir un nouvel affront; c'est tout ce que nous attendons de ton audace et de ta témérité. Cependant le prince anglois ne perdit point courage; le cas qu'il faisoit de sa valeur lui cachoît la moitié du péril. Il s'apprête avec autant de confiance que d'ardeur à fondre sur son redoutable ennemi : veuille le ciel préserver ce paladin, ou pour mietix dire son cheval, d'un accident pareil au premier!

LiCS deux champions partirent, et se rencontrèrent au milieu de la carrière. Le prince d'Angleterre n'eut pas si tôt touché de sa lance d'or le fort Grànd<Hiio , que le géant se vit à terre sans savoir pourquoi, ni comment. Ou peut juger du bruit que fit ce colosse en tombant. lâ ruine d'une tour fait moins de fracas. II tomba même si lourdement, que la plaie qu'Olivier de Bourgogne lui avoit faite au côté s'irrita ; il en sortit tant de sang, qu'il lui prjt une foiblesse; ses amis accoururent à son secours, et n'eurent pas peu de peine' à l'emporter pour lui faire reprendre ses esprits.

A la chute de ce monstre, les spectateurs chrétiens remplirent Vaîr de cris de joie, et les Sarrasins parurent consternés à leur tour. Tous ceux qiù étoient assis sur

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les échafautls se levèrent sur leurs pieds pour mieux voir un événement si peu attendu. L'empereur, quoiqu'il en fût témoin, se défioit du rapport de ses yeux. Ëst-il bien possible , s'écrioit-il , qu'Astotphe ait fait un si beau coup de lance ? Chacun émerveillé de cette aventure en faisoit honneur au héros. Tout le monde élevoit jusqu'aux nue» ses forces et sa valeur. Personne n'étoit au fait. Le vainqueur même, au milieu des transports que lui causoit sa victoire, pouvoit à peine la croire véritable, malgré toute la bonne (^inion qu'il avoit de lui>même.

Le triomphe de ce prince ouvrit un nouveau champ aux assaillants. Les Sarrasins qui n'avoient pas combattu se crurent obligés de venger leur nation; et les chrétiens que ta crainte avoit écartés du camp à la vue deGrandonio, y revinrent d'un air empressé, comme si quelque affaire importante les eût retenus jusque alws. Pisias le Blond , et Giafard le Brun , tous deux Sarrasins et chevaliei*» de haut renom, se présentèrent les premiers. Quoique celui-ci fut fils d'un guerrier qui s'étoit rendu maître de toute l'Arabie, et que le père de l'autre eût conquis toute la Russie blanche, depuis Fembouchure du BorySthèné jusqu'à celle duTanaïs, Giafar et Pisias le Brun et le Blond cédèrent au charme de la lance d'or.

Le comte Ganelon, àqui l'on avoit fait un rapport fidèle de tont ce qui s'étoit passé au camp, depuis qu'il l'avoit si l'âchement quitté , ne pouvoit revenir de sa surprise. Connaissant les forces d'AM»Iphe pour les avoir souvent éprouvées, il jugea en homme d'esprit qu'elles n'avoient pu suiiSre à terrasser le puissant Grandonio,

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