‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 29 sur 253 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la rencontre qu 'Angélique fait <U Renaud dans taforét des jirdennes, et de ce qui en arriva.

Des trois guerriers qui couroieat après Angélique, le fils d'Aymon arriva le premier aux Ardennes. Le chemin qu'il suivoit le conduisit à un endroit de la forêt, que l'épais feuillage de plusieurs gros chênes rendoit très frais et très sombre. Un ruisseau d'une eau plus froide que la glace , lavoit en serpentant le pied de ces arbres. Il sortoit d'une fontaine qu'on voyoit à quelques pas de là, et dont rien n'égaloit la magnificence; aussi n'^toit-elle point un ourrage de la nature ni de l'industrie des hommes.

Le fameux Merlin, ce prophète anglois, avoit employa tout son art magique à construire ce superbe édifice pour guérir le célèbre Tristan de Leonois , son ami , de l'amour qui fut cause de sa perte. Si ce malheureux, chevalier eûtbu seulement une goutte d'eaude cette fontaine, il auroit cessé d'aimer la belle reine qu'il adoroit; mais soa étoile ne l'amena jamais à cette source si salutaire, quoiqu'il eût parcouru plusd'une fois la forêt des Ardennes. Enfin l'eau étoit telle, que les amants qui venoient s'y désaltérer sentoient aussitôt changer en haine l'ardeur qui les enflammoit pour leurs maî-

La chaleur du jour étoit à son plus haut degré , lor»-

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Sa ROLAND L'AMOUREUX,

que Renaud d^couvnt cette fontaine. Échaafîîé d'une course aussi rapide que longue., et pressé d'une ardente aoif, il descendit de cheval-, il approcha de la source; et à peine eut-il bu quelques gouttes de cette froide liqueur, qu'il se sentit tout changé. Il commence à se repentir d'être sorti de Paris. Il se représente le tort qu'il a fait à sa gloire en courant après l'inconnue, qui ne lui paroît plus mériter son attachement. Que vienstu faire ici, Renaud, s'écria-t-îl? te sîed-tl d'être le jouet de l'amour? u'as-tu pas honte d'en avoir été l'esclave? Ah!jerougisdema-fDiblesse,etma vertu va reprendre sur moi tout son pouvoir. Que dis -je, va reprendre? c'en est fait , l'étrangère ne règne plus d«is mon cœur. Je sens même naître pour elle des sendments de haine. Oui , malgré tous ses charmes, je ne me rappelle son image qu'avec horreur. Que j'étois insensé, ajouta-t-il, de préférer la vaine satisfaction de suivre une femme au solide honneur que je pouvois acquérir dans les joutes ? O ciel! si les Sarrasins en ont remporté le prix, quels reproches l'empereur et l'empire ne sont-ils pas endroit de me faire.

Plein de ces réflexions, il remonta sur Bayard, et reprit le chemin de Paris. Il avoit un air âer et dédaigneux, qui marquoit assez qu'il n'étoit plus dans les fers de la princesse du Cathay. Il ne songeoit qu'à s'en retourner à la cour , lorsque arrivant à un endroit oii plusieurs routes formoient une espèce d'étoile, il ne put démêler le chemin qu'il devoit prendre. Il en suivit un qui l'engagea plus avant dans la forêt. Insensiblement il se trouva sur les bords d'un ruisseau, qui rouloit en replis tortueux son onde pure et transparente, le long d'un

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