‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 32 sur 253 · LIVRE I, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX

- de hoDte d'avoir vainement essayé sur lui tes regards et même tes bontés. Bien loin de se montrer sensible à toute l'ardeur que je lui témoignots, paroissoit-il seutem^it en avoir quelque pitié? On dit pourtant, et c'est pour achever de me désespérer, on dit que ce héros n'a pas dédaigné de soupirer pour des beautés assez communes. Quoi! tout susceptible de tendresse, tout volage qu'il est, je n'ai pu faire que d'inutiles efforts pour m'attirer son attention. Ah! quel afiront! quelle ignominie ! ô mon père ! que je remplis mal votre attente ! ne comptez plus sur le pouvoir de mes yeux. Si vous TOulez vaincre les paladins, il vous faut de plus fortes armes.... Mais cessons de déplorer la foiblesse de mes traits; c'est accorder un nouveau triomphe à la fîerle de Renaud : rendons-lui plutôt mépris pour mépris: la raison etl'honneurde mon sexe me l'ordonnent... Vaine résolution! ajouta-t-elle en pleurant , que me sert- il de trouver cepaladin digne de ma haine! je sens que je ne puis le haïr.

Ainsi la fîUedu roi Galafron, cédant malgré elle à son amour, s'approcha de l'endroit où elle avoit vu le fils d'Aymon endormi : elle tient l<mg'temps ses regards attachés sur les fleurs qu'il a foulées. Belles fleurs, dit-elle, qui avez eu assez de charmes pour arrêter ici le barbare qui me fuit, que votre sort est heureux! A ces mots, elle descend de cheval, se couche sur ces mêmes fleurs, etles baise mille fois en les arrosant de SES larmes; elle espéroit par-là pouvoir soulager ses peines, mais elle ne fit que les irriter. Un mélange d'amour, de douleur et de plaisir la jeta dans un accablement qui fut peu à peu suivi d'un profond sommeil. '

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