LIVRE I, CHAP. IX
te faire horreur 7 Combien de fois ai-je vu les plus grands princes de la terre s^efforcer vainement par leurs soins de s'attirer un des regards que je prodigue pour toi ? Ils gémissoient, ils se désespéroient de voir mes yeux armés de ngueur, et tu ne peux tes souffrir quand ib te sont favorables. Ingrat! ne sont-ils plus les mêmes? En changeant de climat ont-ils perdu le privilège qu'ils avoient de tout charnier? ne peuvent- ils inspirer ici que du mépris? ou la passion que tu y remarques pour toi en auroit-elle détruit tout le charme?
Tandis que l'amoureuse fille de Galafron prononçoit ces paroles de la manière du monde la plus propre à toucher le paladin, il se pressoit de brider son cheval pour s'en aller, et ne point entendre des plaintes qui le fatiguoient. La princesse, qui connut son intention, en fut pénétrée de douleur, et, réduite à prier un homme qu'elle auroit vu avec indifférence à ses pieds un moment auparavant, elle n'épargna rien pour le retenir. Ce n'est pas qu'au milieu de ces mouvements impétueux qui l'emportoient au delà des bornes de la bienséance et de la raison , elle ne sentit gémir sa fierté naturelle; mais il ne lui étoit pas possible de résister à la force du charme qui l'entraïnoit.
Cependant Renaud se jette légèrement en selle, et fuit la charmante Angélique, qui, courant après lui de toute la force de son palefroi, lui crioit autant que sa voix pouvoit s'étendre : Ah! beau chevalier, cesse de t'éloigner de moi ; modère du moins la rapidité de ta course; j'aurai le plaisir de te voir un peu plus tontemps. J'aime mieux te suivre plus lentement, si ma poursuite te fait tant de peine. Hélas ! si par malheur
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il artivoit que ton coursier fit un faux pas, si tu tombois, si tu te blessois, sois assuré que ma mort suivroit de près ce triste accident. Tels étoient les discours de celte amante trop passionnée ; mais bientôt le seigneur de Montauban fut en état de ue plus les oitendre. Bayard, aussi cruel que son maître, partit comme uo éclair. La fille de Galafron les perdit tous deux de vue dans un moment.
Qui pourroit peindre la vire douleur que ressentit cette princesse , lorsqu'elle ne vit plus son insensible chevalier ? Elle arracha ses beaux cheveux, meurtrit de ses propres mains son sein d'albâtre j rabaissa ses attraits en leur reprochant de n'avoir pu réduire sous sa puissance le seul cœur qu'elle vouloit captiver. Ensuite elle s'en prit au ciel, à la fortune, et enfin au paladin qui avoit si mal répondu à ses bontés. O dieux 1 s'écria-t-elle , qui pourroit croire qu'un si beau chevalier eût une âme ingrate et inhumaine ? de quel sang est donc formé ce barbare, et chez quels peu[rfes sauvages a-t-il reçu le jour? C'est ce que je veux savoir, et je puis en ce moment satisfaire ma curiosité.
En achevant ces mots, elle eut recours au livre de Sl^ugis; d'abord qu'elle apprit des démons que le chevalier dont elle se plaignoit se nommoit Renaud de Montauban : Ah! malheureuse, dit-elle avec autant de douleur que de surprise , quel nom vient de frapper ton oreille : il redouble- ma confusion. J'ai mille fois entendu parler de ce paladin à la cour de mon père. Charmée du récit de ses faits immortels, n'ai-je pas souvent envié a la France un si fameux guerrier, et souhaité qu'il fût païen ?,Meurs, Angélique, meurs de dépit et