‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 34 sur 253 · LIVRE I, CHAP. IX. 5g · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX. 5g

ferai-je, dit-il en lui-même? Si je réveille ma belle inconnue, je vais l'effrayer; un trouble mortel va saisir ses timides esprits, ou bien je verrai ses yeux pleins de colère me lancer des regards que je crains plus <|ue la foudre. Mais, poursuivit- il, dois-je négliger une occasion si favorable? Pourquoi perdre des moments si çhers à me consulter mal à propos ? Il faut que je déclare mon amour : si l'étrangère est irrïfée de ma hardiesse, je l'apaberai par des paroles pleines de soumission et de respect. J'espère même que, touchée de la tendresse et de la vivacité de mes sentiments, elle me permettra de la conduire, et de lui consacrer mes services. Que nen ne m'arrête donc plus; je ne puis trop tôt dissiper un sommeil qui retarde peut-être mon bonheur.

11 alloit effectivement réveiller Angélique pour l'entretenir de sa passion , lorsqu'un nouvel obstacle vint s'opposer à son dessein. Ferragus arriva ; il ne reconnut point Roland ; mais il ne put méconnoître la dame. S'il eut de la joie de la revoir, il ne vit pas sans fureur auprès d'elle te paladin, dont il jugea que les intentions n'étoient pas différentes des siennes. Chevalier, lui dit-il d'un air impérieux, choisis tout à l'heure de me céder la conduite de cette beauté, ou de combattre pour Tavoir.

Quoique le comte d'Angers fût déjà fort mécontent de la facheifêe arrivée du Sarrasin, il ne laissa pas de répondre avec beaucoup de modération. Passez , chevidier, lui dit-il, ccmtinuei votre chemin, ne cherchez point votre malheur j éloignez -vous , de grâce : votre présence m'est ici très nuisible. Et la tienne m'est insupportable, répliqua l'Espagnol avec un extrême emportement. Crois-moi, malheureux, n'éprouve point

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Co ROLAND L'AMOUREUX,

mes coups; fiiis plutôt, et tu éviteras le plus grand péril où tu te sois jamais trouvé. Le paladin perdît alors patience. Témérnire, lui dit-il, sais-tu bien que tu parles à Roland ? Tout Roland que tu es , repartit le Sarrasin , il faudra que tu m'abandonnes cette dame ; Ferragus saura t'y contraindre. En achevant ces paroles, il descendit de cheval, et ces deux guerriers commencèrent un des plus horribles combats qu'on vit jamais : leurs éj>ées tranchantes faisoient voler autour d'eux les mailles et tes plastrons d'acier.

Pendant qu'ils faisoient des efibrts plus qu'humains pour se vaincre et s'abattre l'un l'autre, Angélique se réveilla; elle crul entendre le tonnerre : le bruit épouvantable des coups que ces deux fiers rivaux se portoient la remplit de frayeur, et elle vit avec étonnemenE autour d'eux la terre toute couverte des pièces de leurs armes; elle cherche des yeux son palefroi, court le joindre, monte dessus à la bâte, et s'enfonce dans le plus épais de la forêt. Elle étoit si troublée qu'elle ne songea ni à sa bague, ni au livre de Maugis, qui auroient pu lui épargner tant de peine et d'agitation, si elle se fût avisée de s'en servir.

Le comte s'aperçut le premier de la fuite de cette princesse; il cessa de frapper sur le Sarrasin. Remettons notre combat, lui dit-il; c'est une folie de combattre sans fruit : nous terminerons une autre fois notre querelle. La dame qui en fait le juste sujet vient de prendre la fuite ; souffrez que je la suive , je vous en aurai une étemelle obligation. Non, non, répondît l'Espagnol en branlant la tête, c'est à toi de m'en céder la poursuite, autrement tu n'échapperas jamais de meis mains. Un

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