‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 37 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XI

Belle dame, répondît le généreux comte d'Angers, je ne puis vous refuser ce que vous me deqiandez, quelque sujet que j'aie de me plaindre de Ferragus, et malgré l'envie que j'ai de me venger du tort qu'il m'a fait; je veux bien même vous ofTrir mon bras pour TOUS tirer de la peine où vous êtes, quoique celui de oe chevalier suffise pour remplir pleinement votre attente.

La dame remercia le paladin ; et se tournant vers le prince espagnol : Fils de Marsille et de Lanfuse, lui dit-elle , reconnois Fleur-d'Épioe, ta sœur. Que fais-tu dans cette forêt ? tu t'arrêtes à de vains combats, tandis que ta pab'ie est en proie aux fureurs d'une armée que l'Océan a vomie pour notre perte. Déjà Valence est en cendre; Saragosse a été saccagée, et Barcelonne , assiégée , se trouve en ce moment réduite à la dernière extrémité. Un puissant roi nommé Gradasse, qui conduit sous ses drapçaux cent peuples divers, ravage nos campagnes , enlève nos moissons, et brûle nos villes. Il a pris terre avec ses troupes entre Cadix et le détroit. Après avoir forcé les hauts remparts de Séville et de Cordoue,it s'est étendu dans toutes les provinces de l'Espagne pour les désoler. On dit qu'il a dessein de faire la guerre à l'empereur Cbaries , et de soumettre il son empire tous les princes de l'Europe. Il en veu^ également aux Chrétiens et aux Sarrasins. Il sembte qu'il ait juré à ses dieux d'en éteindre la race. O mon frère ! poursuivit-elle, si les choses que je viens de vous représenter ne sont pas capables' de vous attendrir ; s'il faut vous faire un rapport encore plus touchant, apprenez que Marsille et Falciron sont prisonniers.

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64 BOLAND L'AHOUREUX.

Oui, votre père et votre oncle gémissent dans les fers de Gradasse. J'ai vu le malhenreux Marsille, dans sa douleur, se déchirer le visage, et arracher de ses propres mains ses dwveux blancs. Il prononce sans cesse votre nom en déplorant ses peines et son infortune. Vi«is, Ferragus, s'écrie4-il les yeux baignés de larmes, viens tirer ton père de prison, et dompter le superbe ennemi qui le tient en sa puissance. Tu ne remporteras jamais de victoire qui te fasse plus d'honneur. Viens donc,mon fils, moDcher&ls,accours, vole; mes chaînes ne te doivent pas moins peser qu'à moi-même.

Fleur-d'Épine cessa de parler en cet endroit : un torrent de pleurs qu'elle ne put retenir l'empêcha d'en dire davantage ; ce qui ne produisit pas un mauvais effet. Ferragus, malgré sa férocité naturelle, écouta fort attentivement sa sœur, et ne vit pas avec tran- <[uillité l'affliction dont elle parut saisie ; il fut un peu étourdi des nouvelles qu'on lui annonçoit. Il rêva quelques moments ; puis s'adressant an comte d'Angers ; Roland , lui dit-il , le rappoit que ma sœur vient de me faire excite dans mon cœur, comoie tu peux penser, un vif ressentiment contre le roi Gradasse. Il faut que j'aille en Espagne, où m'appelle la voix de mon père et les cris de ses malheureux sujets. L'impatience que j'ai de délivrer ma patrie des maux qui la pressent, suspend les mouvements de mon amour. Je te cède la poursuite de la dame pour qui nous combattons , à condition que nous recommencerons notre combat lorsque nous en retronverttns l'occasion : donne-m'en ta parole, et je publierai partout ta valeur.et ta courtoisie. Roland, le modèle des chevaliers généreux, promit

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d'autant plus volontiers ce qu'on lui demandoit , qu'il se.Toyoit par-là en liberté de suivre Angélique. Ces deux princes se séparèrent. Le fils de Marsille prit le chemin des Pyrénées avec sa sœur, et le comte d'Angers se mit sur les traces de la princesse du Cathay; mais le paladin a beau tourner ses pas vers l'Orient, et courir de toute la vitesse de Bridedor, il a bien des traverses à essuyer avant qu'il puisse joindre la fille de Galafron. C'est ce que nous verrous dans la suite. Nous avons d'autres choses à raconter auparavant.

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