‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 38 sur 253 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

De ce qiiejà l'empereur Charles, lorsqu'il apprit le dessein du roi Gradasse, et de l'état oit l'Espagne se trouvait alors.

L'eMpehxur Charles apprit bientôt ce qui se passoit en Espagne, et l'importance de la conjoncture l'obligea d'assembler son conseil. Renaud de Montauban, qui venoit d'arriver, y assista comme les autres paladins. Mes amis, leur dit l'empereur, j'ai toujours ouï dire qu'on doit craindre pour sa maison, quand on voit en feu celle de son voisin. Quoique le roi Marsille soit Sarraàn, ses états confinent aux miens. Je veux donc le secourir centre te roi Gratksse, qui menace, dit-on, la France de la même invasion. Comme j'ai souvent éprouvé le courage et la fidélité du comte Renaud, j'ai résolu de lui confier la conduite de l'armée que j'ai dessein d'envoyer en Espagne.

Roland l'Amoureux, i. S

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Le choix de l'empereur fut généralement applaudi de tout le conseil; et à la réserve du comte Caneton, qui n'osa même rien témoigner des sentiments d'envie qui t'animoient contre l'illustre maison de Clerihont, tous ces princes dirent à l'empereur qu'il ne pouvoit confier son armée à un guerrier plus capable de lili en répondre.

Charles, satisfait de leur témoignage, fît approcher Renaud; et après lui avoir fait prêter serment dans la forme ordinaire : Mon fils, lui dit-il en l'embrassant, je remets entre tes mains l'intérêt de mes peuples. J'ignore où peut être le comte d'Angers, mon neveu. C'est à toi de remplir sa place. Songe que l'empire et la religion sont dans un extrême péril. Le roi de Séricane ravage l'Espagne avec un monde d'infidèles; va contre eux; purge l'Europe de ces barbares, et leur fais connoître que les chevaliers savent confondre l'orgueil et l'injustice. Kenaud fléchit le genou devant l'empereur pour le remercier, et lui dit qu'il s'efforceroit de se rendre digne de l'honneur qu'on lui feisoit. C'est tout ce qu'il put répondre, car les larmes qu'il répandoit de joie l'empêchoient de s'exprimer avec sa liberté ordinaire.

L'armée qu'on destinoit à cette expédition fut bientôt assemblée. Elle étoit de quarante mille hommes, et les plus vaillants chevaliers de la cour voulurent en augmenter le nombre, aussitôt qu'ils surent que le seigneur de Montauban en avoit la conduite ; le géant Grandonio, qui étoit alors guéri de sa l^essure, partit aussi avec le roi Balugant et tous les autres Sarrasins pour retourner en Espagne.

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