LIVRE I, CHAP. XVIII
ordinaires. Quoique la partie supérieure du géant fût à couvert des coups du chevalier, ce monstre n^ s'en trouvoit guère mieux; ses flancs étoient tailladés de telle sorte, qu'il en sortoit beaucoup de sang.
Le défenseur du pont, plein de rage de se voir ainsi malmené, ramassa toutes ses forces, et leva sa massue, dans l'espérance qu'il alloit se venger d'un seul coup; mais le comte frappa lai-même de son épée la massue qui descendoit sur lui, et la coupa par le milieu. Zambard , se voyant ainsi désarmé , lança avec fureur contre Roland, le morceau qui lui restoit dans la main, et l'atteignit à la poitrine d'une telle force, qu'il lui fit presque perdre la respiration; ce qui donna le temps au géant de tirer son cimeterre, et de le décharger sur le comte, qui chancela plus d'une fois, et fut prêt à tomber; mais cet indomptable guerrier, reprenant une noti^ velle vigueur, le frappa sur le bras d'un si furieux coup . de Durandal, qu'il le lui coupa, malgré les écailles dont i) étoit armé. Alors le monstre, qui n'étoit plus en état de se défendre, chercha son salut dans la fuite. Roland le suivit pour l'achever; mais quel fut l'étonnement de ce chevalier, lorsqu'il sentit tout à coup la terre fondre sous ses pas; il tomba, et dans le moment il se vit envelopper de toutes parts de chaînes de fer qui sortirent de dessous le sable, et le lièrent très étroitement. O ciel! s'écria-t-il , ne me laissez point sans secours.
Ces paroles furent suivies de toutes les réflexions que le triste état où il étoit lui pouvoit inspirer. Effectivement il ne s'étoit jamais trouvé dans un si grand péril : il se voyoir sans espérance d'être secouru dans un lieu si solitaire; il n'avott pas lieu d'attendre que