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Ridiardet, dësespérant de revoir son frère, songea aux ordres importants dont il t'avoit chargé. Il rassembla tous les chrétiens qui étoient restés de la bataille, et leur déclara les intentions de Renaud. Ib décampèrent dès la nnit même , ce qu'ils purent faire facilement sans qtte les Séricans ni même les Sarrasins s'en aperçussent, puisque le camp des François étoît éloigné d'une lieue du camp de ces derniers. Les troupes de France firent tant de dthgenee les jours suivants, qu'elles furent bientôt sur leurs frontières.
Le roi Marsille étoh de son noté dans une étrange consternation; il voyoit Ferragns et Serpentin piisonniers, etGrandoinoenfermedatisfiarcelonne.il ne restoit plus dams son armée aucun guerrier de considération qui osât faire tête aux Séricans. Pour comble de msFheur, i) apprït qae les chrétiens avoientpris laiùite avec lenr chef; ce qui le mettoit absolument hors d'état de tenter de nouveau le sort d'une bataille; il résolut d'aller trouver Gradasse, et il exécota sa résolution. Le monarque sérican s'occupoit à ra«ger ses troupes, dans le dessein de poursuivre ses avantages, et de se venger du paladin qui ne s'étoit pas trouvé au rendez-TOUS. L'Espagnol se jette à ses genoux, lui raconte l'affront que les chrétiens lui ont fait , et promet de hn faire hommage de son royaume, s'il veut cesser d'être son ennemi. Le magnanime rcn de Sérîcane, qui de toutes ses conquêtes ne vouloit que la gloire de les avoirfaites, accepta son offre. Marsille 6t serment entre ses mains avec toutes les formuiités reqnises, se reconnut son vassal , et promit , en cette qualité , de tenir son royaume de lui en tout fief et tout hommage, même
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io8 ROLAND L'AMOUREUX.
de le suivre avec son armée, et de se joindre à lui ccmtre
Chai-lemagne.
Cet accord conclu , les Sëricans et les Sairasins se réunirent, le siège de Barcelonne fut levé, Grandcmio sortit de cette ville, Ferragus et Serpentin furent relâchés avec les autres prisonniers. Le- redoutable Gradasse jure hautement que si l'on ne lui remet entre les mains Bayard et Durandal, aussi-bien que le paUdin Renaud , il rasera Paris jusqu'aux fondement, et brûlera toutes les villes de France.
Tous les préparatifs étant faits pour le départ, les deux armées se mirent en marche. Pendant qu'elles passoient tes monts, Bichardet arriva à la cour de Charles, et rendit compte des troupes à l'empereur. L'absence de Benaud y devient l'entretien des courtisans; on en parle diversement. LesMayençois ne font pas difSculté de publier que c'est un traître ; mais ses amis les démentent, et de là naissent mille dissensions parmi les grands. Il y avoit à Paris une espèce de guerre civile, quand le bruit y vint que les rois Gradasse et Marsilte marchoient avec toutes leurs forces vers cette ville, comme un torrent auquel il étoit ijnpossible de résister. L'empereur, à cette nouvelle, dépêche des courriers, fait assembler des troupes, mtmit sa capitale et ses forteresses de tout ce qui est nécessaire pour sou tenir un long siège; il fait toute la diligence possible pour se mettre en état de recevoir les ennemis puissants qui viennent l'attaquer; et, malgré tous ses soins, il craint d'en être surpris et accablé.
En effet, ce nombre innombrable d'infidèles parut bientôt dans les campagnes voisines de Paris. Ib rem-
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plissoient une prodigieuse étendue de pays. Charlemagne, qui avoit intérêt de ne pas les y laisser longtemps, alla courageusement leur présenter la bataille à la tête de ses paladins et de ses troupes. I^ victoire futliien disputée de part et d'autre; mais enfin, quelle que fût la valeurdes chrétiens, quelques actions d'éclat que purent faire tes pairs du royaume, il leur fallut céder au grand nombre des Séricans. L'armée de l'empereur fut mise en déroute, et l'on fit prisonniers ses principaux chefs. Le marquis Ohvier fut abattu de la propre main de Gradasse, et les vaillants Dudon, Salomon de Bretagne et Richard de Normandie furent pris par Ferragus.
Le roi de Séricane venoit de livrer à ses gens le malheureux Olivier , lorsqu'il rencontra l'empereur Charles, qui montolt ce jour-là le cheval de Renaud. Il reconnut atissitôt ce bon coursier, et il se promit de ne pas laisser échapper cette fois-là l'occasion de l'avoir; il mit en arrêt sa forte lance, et piqua l'Alfane contre Gharlemagne, cpii de son côté ne refusa pas le choc; mais le bon empereur n'Bvoit pas des forces suffisantes pour soutenir une si puissante atteinte; aussi fut - il abattu assez rudement : il se vit dans le moment environné d'ennemis qui s'assurèrent de sa personne; mais, comme si Bayard eut entrepris de le venger , il heurta de son poitrail l'Alfane avec tant d'impétuosité, qu'il la culbuta, elle et son maître, l'un sur l'autre. Gradasse eut assez de peine à se tirer de dessous sa jument; et si tôt qu'il fut sur pied , il s'avança vers Bayard pour le prendre par la bride; mais le hardi coursier lui fit lÂcher prise d'un coup de tête; et, lui tournant la croupe, lui
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Iio SOLAWD L'AMOUREUX,
lança au milieu de sa cuirasse une ruade qui le jeta sur un monceau de Hiorts,dan8un état peu difTérent d'eux; après quoi, traversant les deux armées, U reprit le chemin de Paris, où il reatta suis .qu'aucun <des païens ni des chrétiens osât mettre c^stacle à so» passage.
C^eodant l'armée françoise , poussée par tant de chefs et de peuples, sujets de Gradasse, se mit à fuira vau-de-route. Guy de Boui^ogne, le duc Naioies, l'archevêque Turpin et Ganelou arrêtèrent pour quelque temps leur fuite; mais ils furent entraînés eux-iaêoies par le grand nombre de ceux qui fuyoieat, et eurent le malheur d'être pris dans leur retraite par les SéKcans. Ces infidèles poursuivirent si vivement leur victoire jusqu'aux portes de Paris, qu'il en entra plusieurs dans la ville avec les chrétiens. Il n'y avoit alors aucun chevalier de marque pai^ les François qui n'eût été fait prisonnier. Le seul O^ier le Danois, qui se trouva par hasard à la porte où les vainqueurs , confondus avec les va'uicus, entroient pêle-mêle, soutint l'effort des païens avec une hache d'armes qu'il tenoit m sa main; il écarta les plus empres^s, pendant qu'il faisoitcouper le pont par derrière lui, et il arrêta lui seul toute l'armée païenne jusqu'à l'airivée de Gradasse,. auquel il fut ohli^ de céder. Ce monarque s'ëtoit fait remettre sur son AHaoe, fort cha^in d'avoir man^é Bayard. Le paladin nefit pas difficulté de se rendre à lui, parce que la porte de la ville étoit fermée , et le pont coupé quand ce roi arriva.
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