‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 62 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XXI. Ii · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXI. Ii

de la gloire enflamme les cœurs généreux : pour être digne de commander aux autres, il faut aroir fait éclater sa valeur par de grands exploits. Je pouvois passer ma vie en Orientdans tes délices; mais j'ai préféré au repos l'honneur d'étendre ma renommée. Je ne suis point venu dans ces climats pour conquérir ni la France, ni l'Espagne, ni aucun autre royaume de votre Europe. Je suis content des vastes états que je possède dans l'Asie ; je veux seulement faire voir à toute la terre qu'il n'est point de monarque au monde que je ne puisse soumettre à ma puissance, quand j'en aurai la volonté. Ton exemple le prouve assez, puisque , malgré ta sage conduite, malgré l'étendue de ton empire, maigre le courage de tes paladins , tu n'as pu résister à mes armes, Ecoute donc ce que j'ordonne de ton sort : Je te rends ton empire, et t'accorde mon amitié, mais à certaines conditions : tu ne demeureras dans mon camp que le reste du jour, si tu me livres Bayard, et si tu promets de m'envoyer en Séricane la fameuse épée du comte Roland , lorsqu'il sera de retour. Je veux encore que tu me mettes entre les mains te paladin Renaud, qui m'a si lâchement manqué de parole, malgré toute l'estime que i'avois pour lui : voilà tout ce que j'exige de toi.

Charlemagne remercia Gradasse de sa générosité. Il lui promit d'exécuter de point en point ee qu'il lui prescrivoit; et, pour commencer, il chargea le comte Anselme d'Hautefeuille d'aller à Paris chercher Bayard, et de le lui amener. Le Mayençois partit; dès qu'il fut arrivé aux portes de la ville, on le conduisit devant Astolphe. Ces paladins qui avoient tant de sujet de se

Roland t'Amoarem. i. 8

c,q,t,=..=ïGooglc;

ii4 KOLAND L'AMOUREUX.

Iiair l'un l'autre, ne se virent qu'en fronçant le sourcil, Anselme exposa son ordre ave^c les conditions de l'accord de Gradasse et de l'empereur, et demanda en conséquence qu'on lui renaît entre les mains Bayard pour le conduire au camp des Séricans.

I^ prince anglois n'étoit déjà que trop aigri contre Charlemagne, de rihjusllce de sa prison, et de la protection que ce monarque avoit accordée à la maison de Mayence, en autorisant une periidie aussi avérée que la leur. Cela joint à l'injure qu'il lui paroissoit que ce nouvel ordre faisoit aux paladins Koland et Renaud, ses amis, le transporta de colère. Il qualifia de traître le comte d'Hautefeuille ; et, sans avoir égard à tout ce qu'il alléguoit , ni même à l'ordre par écrit de l'empereur, qu'il montroit à tous ceux qui étoient présents, il le fit arrêter et mettre en prison comme porteur d'un ordre supposé. Àstolphe n'en demeura pas là. Dans les mouvements furieux qui l'agitoient, il envoya défier par un héraut le roi de Séricane , comme un imposteur qui se vantoit faussement d'avoir fait fuir Kenaud, lui déclarant qu'il l'en feroit dédire publiquement ; qu'au reste, Cliarlemague n'avoit point droit de disposer de Bayard nî de Durandal ; et que si Gradasse vouloit avoir ce cheval en sa possession, il falioit qu'il se préparât à te gagner par la voie des armes; que lui, Astolphe d'Angleterre , le lui meneroit le lendemain matin dans son camp pour cet effet.

Lorsque le héraut, conduit devant le roi des Séricans, lui eut exposé le sujet de sa mission, ce monarque demanda à l'empereur ce que c'étoit que cet Astolphe qui lui parloit si fièrement. Cliarlemagne , choqué de

L;,q,;,=..=ïGooglc;

Page 1