‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 63 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XXI. no · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXI. no

l'audace de son paladin, lui en fit le portrait en deux mots ; à quoi le comte Ganelon ajouta : Sire , c'est un fanfaron qui réjouit quelquefois par ses saillies l'empereur et toute sa cour. Mais ne vous arrêtez pas à ses paroles; on tiendra la promesse qui vous a été faite. Le généreux Serpentin, qui se trouva présent à ce discours, ne put, quoique Sarrasin, souffrir l'injure que faisoit au paladin françois son propre compatriote, et dit au roi de Séricane: Seigneur, le témoigni^e que je dois à la vérité m'oblige de vous avertir que le prince Astolphe est Bis du roi d'Angleterre, qu'il n'est point tel qu'on vous le représente; il est courageux, et je lui ai vu faire des actions dignes d'une immortelle gloire. C'est lui qui aux dernières joutes de Paris abattit le fort Graodonio, et lui ravit l'honneur que ce roi sarrasin étoit prêt de remporter. Isolier et Mataliste dirent la même chose au monarque indien; de sorte que Ganelon se vit obligé de répondre aux discours de Serpentin, pour éviter le reproche d'imposteur ; Il est vrai. Seigneur, dit'il à Gradasse, que cet Astolphe s'est maintenu heureusement dans les dernières joutes de Paris; mais je l'ai vaincu moi-même en d'autres occasions.

Après que Ganelon eut ainsi parlé , le judicieux roi de Séricane, qui avoit fort bien démêlé que ce Mayençois étoit naturellement envieux, qu'il n'avoit en vue que sa liberté, lui répliqua dans ces termes ; Je veux crcùre ce que vous avancez; mais enfin ce prince, que vous me dépeignez comme un homme vain, paroit avoir du courage. J'accepte le défi qu'il me fait, à con* dition qu'il m'amènera Bayard, mais s'il y satisfait, et que je vienne à le vaincre , ne pensez pas , votre maître

c,q,t,=..=ïGooglc;

ii6 ROLAND L'AMOUREUX,

et vous, que je sois tenu de vous remettre en liberté, puisque je ne devrai qu'à ma valeur le fameux coursier que je veux avoir. En achevant ces paroles, il fit remener l'empereur et ses paladins sous les tentes desti> nées pour les prisonniers de considération.

Oh! que le bon Charleinagne étoit irrité contre Astolphe, de ce qu'il lui faîsoit perdre, par une bravoure mal entendue, l'occasion de recouvrer son empire et sa liberté! Mais l'Anglois, qui n'étoit pas moins en colère contre lui que contre le Mayençois, ne s'inquiétoit guère du chagrin qu'il en pouvoit avoir.

D'abord que le jour parut, Astolphe, revêtu de ses armes magnifiques,etn)ontésurBayard,sortit delà ville de Paris; il portoit sur sa cuisse la merveilleuse lance d'Àrgait. Le soleil montroit sespremiers rayons, lorsqu'il arriva aux barrières du camp des infidèles; au bruit de son cor, que le paladin fit retentir à son arrivée, on en porta la nouvelle au roi de Séricane, qui se pressa de se faire armer. Ce monarque , impatient de combattre, s'étant rendu au lieu où son ennemi l'attendoit, vit avec joie qu'il étoit monté sur Bayard ; il le salua fort civilement, et lui dit d'un air riant : Brave chevalier, quelque estime que la franchise de ton procédé me donne pour toi , je ne puis m' empêcher de te dire , que tu es plus homme de parole que celui dont tu soutiens si hautement les intérêts. Bot magnanime, lui répondit du même ton le prince anglois, quelque déférence que je veuille avoir pour vous, je ne puis convenir que le noble fils d'Aymon soit homme à manquer de parole. Il m'avoit pourtant défié , reprit Gradasse, et promis de se trouver au bord de la mer, où nous devions combattre pour

C,q,t,=..=ïG00g[C

Page 1