LIVRE II, CHAP. I. laj
vient de me ravir une (ille belle et jeune que j'avois avec moi ; je nç crois pas qu'il soit encore à plus de deux cents pas d'ici.
Le Bb d'Aymon fut touché de la douleur du vieillard, et se mit à suivre le voleur : mais le brigand ne l'eut pas sitôt découvert, que ne se jugeant pas capable de soutenir l'effort d'un chevalier de si liante apparence, il prit un cor qu'il portoit, et en sonna de toute sa force pour se faire entendre d'un château qu'on voyolt à cent pas de là sur une petite élévation qui s'avançoît en forme de cap dans la mer. Au son de ce cor , il sortit du château un géant dont l'excessive hauteur et la démarche Bère ne promettoient rien que de funeste ; il portoit un dard à sa main droite , et dans l'autre une chaîne au bout de lat^uelle étoit un ci-ampon de fer ^ quand le géant fut près du chevalier,' il lui lança son dard d'une grande roideur ; le coup perça l'écu et le haubert, mais le paladin n'en fut point blessé. Attends, dit-U au monstre, tu vas voir si mes armes valent les tiennes. En disant ces paroles, il leva sa redoutable Flamherge sur le géant, qui tourna le dos et courut vers une rivière que traversoit un p(Mit de pierre. Il y avoit à l'entrée de ce pont un gros anneau de fer , auquel le monstre , en fuyant , accrocha le crampon de sa chaîne. Renaud cependant le poursui-* voit ; il étoit même déjà sur le pont, et bien proche de son ennemi, quand ce dernier tira sa chaîne : alors une grande pierre du pont, sur laquelle étoit le seigneur de Montauban, fondit sous les pieds du chevalier, qui, se sentant tomber dans la rivière, s'écria douloureusement : O ci^l! est-ce donc ainsi que je dois périr?
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Il avoit viirttabtement sujet de faire cette exclama' lion, puisqu'il se trouva tout à coup enveloppé de filets de pêcheurs qui étoîent attachés à une arche du pont ; il se seroit indubitablement noyé, si le géant ne se fût hâté de l'aller retirer de l'eau. Ce colosse entra donc dans la rivière ; bien qu'eUe fût très profonde, -il n'en aYoit que jusqu'à la ceinture : il détacha les Blets du pont, et les jeta sur son épaule avec Renaud, qui étoit renfermé dedans, saïis pouvoir presque se remuer. O fortune cruelle ! disoitJ'infortuné paladin, ne seras-tu jamais lasse de me poursuivre? Je ne suis pas sorti d'un malheur, que je tombe dans un plus grand, et je me vois sans espérance d'échapper des mains du monstre qui s'est rendu maître de moi par surprise.
Pendant qu'il formoit ces tristes plaintes, le géant qui le portoit arriva près d'un château dont les environs n'offraient aux yeux que de funestes marques de cruauté. On voyoît couler le sang dès l'entrée; la cour étoit -couverte de cadavres ; et, ce qu'il y avoit de plus horrible à voir, c'étoit des corps démembrés , dont quelques-uns rendoient encore les derniers soupirs. Ce spectacle affreux n' étoit que trop propre à confirmer Renaud dans sa crainte.
Une vieille. vêtue de noir, hideuse et décharnée, parut; le géant jeta son fardeau à ses pieds ; ensuite ta vieBle ^pela plusieurs domestiques, qui tirèrent, à l'aide du géant, le guerrier des filets, après lui avoir lié les pieds et les maîns très étroitement. Cela étant fait, la vieille dit au fils d'Aymon : Malheureux chevalier, la renommée t'aura sans doute appris la coutume qui se pratique en ce lieu ; mais , si tu l'ignores , je vais
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