‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 68 sur 253 · LIVRE II, CHAP. I. laS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. I. laS

qui pouvoit contenter le goût le plus raffiné dans la bonne chère ; et trois demoiselles, représentant les Grâces, versoient des vins délicieux dans des coupes d'un prix inestimable.

Le soupe achevé, les concerts d'instruments recommencèrent, et pendant qu'ils sembloient disposer le cœur à l'amour par les chants les plus tendres et les plus touchants , une de ces dames s'approchant du chevalier, lui dit tout bas ces paroles : Cette île délicieuse, ces richesses, et tout ce que vous y voyez de rare est à vous; c'est pour vous seul que notre reine a fait bâtir ce beau palais. Que vous devez vous estimer heureux d'être aimé d'une si grande princesse ! Elle est plus blanche que le lis, et plus vermeille que ta rose. Cette jeune et merveilleuse beauté se nomme Angléique, et c'est une fille de roi.

Sitôt que le cruel fils d'Ayraon entendit prononcer le nom de la personne qu'il haïssoit plus que la mort, son visage changea de couleur. Tous ces plaisirs qu'on lui procuroit lui devinrent odieux , et le séjour de cette île n'eut plus d'appas pour lui. La dame qui lui parloit ne s'aperçut que trop de l'aversion qu'il avoit pour Angélique. Seigneur chevalier, lui dit-elle avec étonnement, est-it possible que vous receviez avec répugnance une nouvelle ai agréable? Fut -il jamais pour un m<»tel une plus haute fortune que celle qui vous est présentée? Faites>y bien réflexion, et craignez de vous en repentir : songez que vous êtes notre prisonnier. La mer environne ce jardin de tous côtés ; toute votre valeur, Fl^mberge, Bayard même, quand vous l'auriez, ne pourroient vous tirer d'ici. Faites donc de

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bonne grâce ce que l'on vous demande. Kotre reine exige de vons seulement que vous la regardiez. Etesvous si farouche, que vous ne vouliez pas jeter la vue sur une princesse si charmante ?

La dame tint encore d'autres discours qui ne furent pas moins inutiles que ceux-là. Le chevalier quitta brusquement la compagnie, et prit le chemin de la mer. Toutes les belles choses qui se prés^itoient à sa vue en s'en retouraant n'éloieDt plus agréables pour lui', et quand il fut arrivé à l'endroit oît il avoit laissé sa barque, il entra dedans avec précipitation, de peur de voir paroître la princesse qu'il ne pouvoit aimer.

Il auroit souhaité que le petit bâtiment eut promptement quitté les bords de l'île; mais la barque demeura immobile, soit qu'aucun vent n'agitât alors la mer, soit par la force d'un enchantement. Le paladin ne povtvoit s'éloigner de cet odieux rivage ; il en est au désespoir, et plutôt que d'y rester, il prend la funeste résolution de se précipiter dans les fiots ; il alloit exécuter ce dessein, quand ta barque partit d'elle-même, et se mit à voguer avec plus de rapidité qu'elle n'avoit jamais fait. Renaud en eut une joie inconcevable ; et , malgré le péril qu'il couroît sur les eaux,, il regarda comme un bien son éloignement d'un lieu où )'«n ne parloit que d'Angélique. -

Le jour suivant il découvrit une grande forêt, et ce fut de ce côté-là que le petit bâtiment prit sa route. A peine te guerrier eut-il pris terre, qu'un homme tout blanc de vieillesse se présenta devant lui , et les larmes aux yeux lui adressa ces paroles : Brave dievalier , ne me refusez pas votre secours. Un brigand

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