LIVRE II, CHAP. II. i
lui faisoit. L^nvie qu'il avoit d'adoucir son esprit et de la disposer à souffrir son amour , lui fit prendre la résolution d'attendre que sa douleur fût devenue moins vive. II se flattoit que le temps feroit son effet ordinaire , et que la dame , pour se procurer le repos et la liberté, se rendrait d'elle-même à ses soins. Au pisaller, il comptoit qu'il seroit toujours maître de recourir à la violence pour satisfaire ses désirs, si la douceur et la persévérance devenoient inutiles. 11 se trompa toutefois dans sa conjecture : ses respects , ses soumissions ne furent pas mieux reçus que ses menaces et ses eroportemenls ; et l'aftliclion de Stelle sembloit s'accnritre de jour en jour.
Tandis que cela se passoit à la Roche-Vermeille, la renommée ne manqua pas de publier dans tes pays voisins le meurtre de Lucidor et la prison de Stelle. Tous leurs parents et leurs amis, qui les chérissoient l'un et l'autre pour leurs belles qualités, s'émurent à à cette nouvelle. Ils se crurent obligés de les veuger ; ils assemblèrent dans ce dessein la meilleure partie de leurs sujets et de leurs vassaux. Un grand nombre de seigneurs de ce royaume, qui ne connoissoient pas Lucidor, se joignirent à eux, les uns par estime pour sa mémoire, les autres par la seule horreur de l'action commise. Toutes ces troupes formoîent un corps nombreux et plus que suffisant pour accabler Marquin Arganthis, bon chevalier et oncle de Lucidor, se montroit, parmi les vengeurs, un des plus ardents; et ce fut à lui que tous les autres, d'un commun accord, déférèrent le commandement.
Le bruit de leur marche se répandit jusqu'à moi ,
C,q,t,=..=ïG00g[C
i34 BOLAND L'AMOUREUX.
et m'alarma. Tallai trouver Marquin pour l'obliger k prendre un parti convenable à la situation où il se trouvoit. Quoique je lui eusse fait concevoir l'espérance de plaire à Stelle, je n'avois pas approuvé les moyens cruels dont il s'étoit servi : mon cœur même en avoit frémi ; mais je n'avois pu prévenir une chose qui s'étoit faite à mon insu. Je me rendis donc dans ce château; et, supprimant des reproches qui n'étoient plus de saison, je représentai à mon fils qu'il falloit au plus tôt qu'il se réfugiât chez le roi d'Altin, notre parent, et remît Stelle en liberté; mais, quelque chose que je pusse lui dire sur ce dernier article , il déclara qu'il aimoit mieux s'enterrer sous tes ruines du château , que de perdre le fruit de son crime en relâchant Stelle sans avoir auparavant contenté sa passion.
Pendant que je combattois inutilement la résolution de mon fils , les amis de Lucidor pressoient leur marche pour hâter les moments de leui* vengeance. Ils étoient déjà sur tes terres de Marquin , qu'ils ravageoient ; et ils pubtioient hautement partout qu'ils préparoient à ta postérité un exemple mémorable dont le seul récit fe- ' roit frémir les traîtres. Tout ce que put faire Marquin, dans le peu de temps que ses ennemis lui laissèrent pour se reconnoître, fut de ramasser dans cette forteresse le plus de soldats et d'archers qu'il lui fut possible , et de la munir de vivres à proporticui, se fiant du reste à sa situation avantageuse et à la hauteur de ses murs.
Arganthis étant arrivé avec sa petite année, se saisit, en homme de guerre, des environs de la place, y disposa ses différents quartiers , et , pour resserrer davantage son ennemi, fit planter tout autour des palissades .
C,q,t,=..=ïG00gk'