‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 72 sur 253 · LIVRE II, CHAP. II. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. II. i

que dévoient défendre de bons corps-de-garde établis de distance en distance. Marquin, pour les troubler Han^ leurs dispositions, fit tirer sur eux, des crénaux, une grande quantité de traits et de flèches qui en tuèrent quelques-uns à la vérité , mais qui ne firent plus d'effet dès que les assiégants se furent mis à couvert sous des baraques qu'ils élevèrent en peu de temps.

Les jours suivants, Arganthis 6t fabriquer dans la forêt prochaine un grand nombre d'échelles dont il se servit pour noue donner l'assaut. Heureusement la garnison fut bien sur ses gardes, et les murs du château sont si élevés, que les assiégants, qui n'avoient d'ailleurs ni béliers, ni machina de guerre, ne purent jamais les escalader. Arganthis, qui en reconnut toute la difficulté, prît le parti de nous soumettre par famine. Pour cet effet il redoubla les gardes et les senUnelles avec exactitude, et donna de si bons ordres pour nous fermer tous les passages, que toutes les fois que mon 6I5 entreprit de se les ouvrir par des sorties, il fut repoussé avec perte. Le sage Arganthis ne s'arrêta pas à cette seule précaution : comme il ignorait la quantité que nous avions de vivres , et qu'il pensoit qu'elle pouvoit être telle que nous ne serions pas si tôt affamés, il faisoit, à tout hasard, creuser à la sape un conduit souterrain, qui devoit aboutir dans la forteresse, pour s'en rendre maître par surprise ; et ce travail, qui avoit été commencé la nuit , le plus près de la place qu'on l'avoit pu, se faisoit avec tant de àrcon^ection et de secret, que nous n'en avions pu rien pénétrer.

Jusque-là Marquin avoit moins songé à se défendre qu'à faire agréer sa passion à l'impitoyable Stelle; mais,

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t36 ROLAND L'AMOUREUX.

voyant que la dame ne le regardoit que comme une furie attachée à ses pas, la rage s'empara de son âme. Il dit un jour à Stelle, avec emportement, qu'il étoît las d'attendre, et que, de force ou de gré, ilprétendoît se satisfaire. En même temps il se mit à la presser entre ses bras. L'infortunée veuve de Lucidor, épouvantée de la violence de mon fils et de sa résolution , se sert de ses pieds et de ses mains pour le repousser, en remplissant l'air de ses cris. Inutiles efforts ! ses forces s'épuisèrent, et le brutal Marquin venoit d'assouvir son amoureuse fureur, lorsque j'arrivai dans le lieu où cette étrange scène se passoit. J*eus beau lui représenter qu'il se perdoit par cette indignité, il ne se possédoit plus; et sa rage n'en demeura point là ; car, après avoir surmonté la résistance de Stelle , il lui plongea un poignard dans le sein, su lui disant: Beauté ingrate, du moins tu ne jouiras pas du plaisir de te voir vengée, A peine eut-il retiré le poignard du corps de la dame, qu'il s'en frappa lui-même avant que je pusse prévenir son action.

Que devins-je à ce funeste spectacle ? mes cris perçants se fi.rent entendre dans tout le château, et attirèrent quelques domestiques avec qui je tâchai d'arrêter le sang de mon fils et de sauver Stelle; mab nous nous aperçûmes que nos efforts étoient inutiles. Stelle avoit déjà rendu les derniers soupirs ; et Marquin, se refusant à nos soins, s'obstinoit à vouloir mourir. Laissez, Madame, me dit-il, laissez périr un misérable qui s'est condamné lui-même à perdre une vie qu'il a noircie de crimes. Le seul témoignage qui nie reste à vous demander de l'affection aveugle que vous avez toujours

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