‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 79 sur 253 · LIVRE II, CHAP. IlL t · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IlL t

et si je parois devant vous, ce n'est pas que j'espère vaincre votre haine par ma présence; mais, malgr« votre dureté , vmis m'êtes encore trop cher, pour que je puisse sans frémir vous voir dans le péril où vous vous trouvez. Ja viens vous» offrir un secours dont vou» avez besoin ; ne tardez pas à l'accepter, car le sang qui sort de vos plaies seroit capable de vous ravir uae vie que je m'efiiorce de conserver.

Comme je ne puis répondre à votre tendresse, repartit BiCDaud , je ne veux rien vous devoir, et je jure par le Di«u vivant, que j'aime mieux mourir que d'étn; délivré par votre secours. Je ne suis pas si attaché à U ' vie, que je veuille vous avoir cette obligation. Puisque ma vue vous est si odieuse, lui dit Angélique eiiifqndant en larmes , ii faut vous en épargner le supplice. Promettez-moi seulement, continua-t-elle , que vou9 recevrez d'une autre main ce que vous refusez de la mienne. Je vous promettrai tout, répondit le paladin, pourvu que je ne v«us voie plus. Du moins, reprit la fille de Galafron, vous ne m'empêcherez pas de vous reodre un service. Alors, tirwt de son sein ta liqueur que Maugis lui avoit donnée, elle en versa, sur W tètfi du monstre quelques goutt^. qui eureitf la. vertu de l'endormir dan» le moment.

Aussitôt «lie va trouver l'encttanteur françoiq, et )i)i rend compte de I41 cruauté de fienaud. Maugi^ en fut si irrité, qu'il Bt, tous se& efforts pçur persuader à la belle Angélique qu'il falloit laisser périr l'ingrat. La princesse ne put s'y résoudre; elle obligea même le âls du duc d'Aigremont d'aller sur-le-champ secourir le paladin. Maugis se fit donc porter sur le toit, où son

.,Googk'

i48 ROLAND L'AMOUREUX,

cousin , à force d'avoir perdu du sang , étoit près de tomber en foiblesse; il visita ses plaies, qui se refermèrent d'abord qu'il eut répandu dessus quelques gouttes de la liqueur qu'Angélique avoit versée sur la tête du monstre; il lui fit ensuite avaler de cette eau, qui rétablit entièrement ses forces.

Le seigneur de Montauban voulut remercier son cousin du grand service qu'il venoit d'en recevoir; mais Maugis l'interrompit : Achevons, lui dit-il, de vous tirer d'ici , après cela nous nous expliquerons ensemble. Il faut auparavant, reprit le iils d'Aymon, que je fasse ce que l'honneur exige de moi. Je ne puis sortir de ce château sans avoir vaincu le monstre , et aboli la cruelle coutume qui s'y observe. Hé bien, repartit l'enchanteur, jetez-vous sur le monstre, et le tuez avant qu'il se réveille, car il n'est endormi que pour un temps. Son flanc gauche peut être percé, c'est le seul endroit de tout son corps qui ne soit pas impénétrable. Si vous voulez que je sorte avec gloire de ce combat, dît le paladin, retirez le monstre de son assoupissement, je ne puis l'attaquer sans cela. Oh ! vous êtes trop diffîcultueux, s'écria le magicien : je vais exécuter moimême sans tant de façons ce que vous refusez de faire. En achevant ces paroles, il descendit à terre, ramassa Flamberge, que le monstre, en s'assouplssant , avoit laissé tomber de ses griffes, et la plongea jusqu'à la garde dans le flanc gauche de l'animal. Le sang, qui sortoit à gros bouillons de la plaie taiit bientôt les sources de la vie, et le monstre enfin ne reprit le sentiment par la fin du charme, que pour rendre le der-' nier soupir.

L;,q,;,=..=ïG00g[c

Page 1