‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 83 sur 253 · LIVRE II, CHAP. IV. i5ï · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IV. i5ï

verses, le bon cheval que tu vois entre mes jambes sera à toi. Ensuite piéton ou cavalier, tu pourras vider avec mon camarade la querelle .de la dame.

Par Mahomet, lui repartit Sacripant, tu me parois, bouffon; j'accepte ce que ta me proposes; mais je t'avwtis que je veux ausâ avoir tes armes. Tu prendras ce que tu pourras, dit le paladin, et le Seigneur fera le reste. Cela dit, les voilà qui s'éloignent l'un de l'autre, et qui reviennent les lances baissées se rencontrer avec furie. Sacripant, fameux par mille exploits, comptoit déjÀ sur la dépouille de ces deux chevaliers; mais, contre son attente, il eut te sort de Brandimajrt. Quand Astolplie vit ce roi étendu par terre , il alla prendre son cheval parla bride, et, te présentant à son compagncoi : Mon ami, lui dit-il, ne trouves-ta pas cette aventure plaisante? ce chevalier venoit pourm'dter mon cheval, et il faudra qu'il s'en retourne à pied. Acestnots, il s'adressa au Circassien, qui venoit de se relever, et lui dit : Présomptueux chevalier, apprends de moi qu'il vaut mieux se contoiter de son bieu que d'envier cehii d'autrui : retourne à ton roi, et lui demande une autre monture, puisque ta convoitise t'a fait perdre tCHi cheval; dis-lui que c'est de la part du chevalier insensé, et que ce sont là les remèdes qu'il en^loîe pour recouvrer sa raison.

Le roi démonté étoit si étourdi et si confus de ce <^i venoît de lui m^piver, qu'il s'en retourna docilement è pied, sans répondre et sans demander le combat à l'épée; ce qu'il n'ei^t pas manqué de faire en toute autre occasion. Après son départ, la maîtresse de Braodimart avertit son amant qu'ib étoient près ^u fleuve de

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in6 IlOLAND L'AMOUREUX.

l'Oubli. Si nous n'y prenons garde, ajouta-t-elle, il est à craindre que nous ne nous perdions nous-mêmes, et la valeur est ici fort inutile; c'est pourquoi je suis d'avis que nous retournions sur nos pas. Belle daine, lui dit le prince d'Angleterre, apprenez-moi, de grâce, ce que c'est que le fleuve de l'Oubli ? C'est une rivière, répondit-elle, qui ôte la mémoire à ceux qui boivent de son eau. A l'entrée du pont qu'il faut passer, une belle dame présente une coupe de cristal aux chevaliers que leur malheur attire en cet endroit, et les fait boire dedans; à peine l'ont-ils portée à leurs lèvres, qu'ils oubtienttoutes cl)05es ; ils ne se souviennent plus même de ce qu'ils sont. Si quelqu'un entreprend de passer le pont par force, cette dame appelle à son secours un grand nombre de chevaliers de la plus liaute valeur, qu'elle a privés de sens, et qui s'opposent au passage du téméraire. La belle Fleur-de-Lys , c'étoit le nom de la dame qui faisoit ce récit, tàchoit de persuader au prince anglois, et surtout à Brandimart, de prendre un autre chemin; mais elle ne put y réussir. Au contraire il leur prit à tous deux une si forte envie d'éprouver cette aventure, qu'ils se hâtèrent de gagner le ileuve.

La dame du pont alla au-devant d'eux, dès qu'elle les aperçut ; et leur présentant ta coupe , elle les invitoit à boire d'un air plein de charmes. Non, perfide, lui dit le prince anglois, n'espère pas nous séduire comme tant d'antres chevaliers que tu as privés du jugement, et que tu retiens dans ton château; ta trahison est découverte, et tu vas en recevoir le châtiment. Dragontine , ainsi se nommoit la dame du pont , fut si effrayée de cette menace, que dans son trouble elle laissa tomber

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