LIVRE II, CHAP. IV. iSy
la coupe qu'elle tenoit à la main; cette coupe se cassa , et au même instant la liqueur qui se répandit sur le pont y alluma un si grand feu, que c'eût été une folie d entreprendre d'y passer. L.a maîtresse de Brandimart, qui conooissoit toutes les avenues du château, dit aux chevaliers de la suivre ; elle poussa sa haquenée par un sentier détourné vers un endroit du fleuve où étoit un petit poDt connu de peude personnes; ce pont conduisoit à une porte secrète du jardin; ils passèrent le pont, et Brandimart ayant jeté la porte par terre, ils entrèrent dans le jardin.
Le paladin Roland y étoit enfermé avec les vaillants rois Balan et Adrian; Clarion le fort Sarrasin, Hubert du Lion, Antifort de la Blanche-Russie, et les deux braves fils du marquis Olivier, Griffon le Blancet Aquilant le Noir, y étoient aussi. L'enchantement empèchoit tous ces chevaliers de se reconnoître. Aucun d'eux n'eût pu dire s'il étoit chréùeh ou Sarrasin. La magicienne les tenoit tous enchantés, de manière qu'ils étoient dévoués à toutes ses volontés.
Lorsque Astolphe et Brandimart entrèrent dans le jardin , le roi Balan et Clarion , qui étoient ce jour-là de garde, allèrent à leur rencontre, et les engagèrent à combattre contre eux. Adrian, Antifort et les autres ehevaliers étoient assis sur le-gazon, excepté le comte d'Angers, qui s'occupoit à regarder la magniBcence du bâtiment. Ce fameux guerrier, qui ne faisoit que d'y arriver, étoit encore tout armé; il avoit cessé de regarder les peintures du salon pour aller admirer aussi les beautés du jardin. Pendant qu'il s'y disposoit, la magicienne vint à lui toute troublée, et lui dit : ^oble