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campé à sa gauche; ce dernier prince n'est pas un des moindres guerriers de cette nombreuse armée. Mais je n'aurois jamais fait, ajouta-t-il, si j'entreprenois de vous apprendre le nom de tous les antres : ce qui reste àvous dire, c'est de vous conseiller, si vous êtes étranger, de ne vous point approcher d'eux; ils ne manqueroient pas de vous retenir.
I^ prince anglois remercia cet homme obligeant; et ayant su de lui que, pour entrer dans Albraque, il falloit absolument traverser le camp des Tartares, il en prit le chemin, malgré l'avis qu'il venoit de recevoir. Quand il fut à la première barrière du camp, on voulut l'arrêter, mais il la fit franchir à Sayard, en dépit des soldats qui la gardoieiit : puis, renversant de sa lance d'or et du poitrail de son coursier tout ce qui vouloit s'opposer à son passage, il traversa tout le camp tartare. En vain un grand nombre de princes, avertis de ce désordre , montèrent promptement à cheval pour punir cet audacieux , qui gembloit les braver' tous : bien qu'ils fussent montés sur les plus vigoureux chevaux tartares, qui passent en vitesse ceux de toutes les autres nations, l'incomparable Bayard les laissa bien loin dei^ rière lui, et porta impunément Astolphe jusqu'aux portes d' Albraque.
La princessey venoîtd'arriyer de la Boche-Cruelle, lorsqu'on vint lui dire qu'un chevalier de la cour de France étoit aux portes de la ville , et demandoit à entrer. Angélique fut émue à cette nouvelle, et donna ordre qu'on reçût ce chevalier , dans l'espérance dé pouvoir du moins s'entretenir avec lui du seigneur de MoDtauhaa. On fit moater Astolphe au château , qui
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éloit situé sur un roc escarpé qui en faisoitla principale forbfîcation. Sitôt (]ue la princesse vit ce prince, elle le reconnut, et l'embrassa : Tu sois le bien venu, noble chevalier, lui dit-elle; puis, ayant fait sortir tout le monde pour n'avoir aucun témoin de leur conversation , elle lui parla de Renaud comme d'un homme dont elle auroit souhaité le secours.
Quoi! Madame, lui dit l'Anglois, Renaud n'est pas auprès de vous? Hélas! non, répondit-elle en soupirant : le cruel me fuit tandis que je m'efforce d'acquérir sa tendresse. Vous me surprenez, reprît Âstolphe; je suis témoin qu'il paroissoit un des plus ardents à combattre pour vous conquérir; et lorsqu'après la mort de votre généreux frère, je l'informois de la résolution que vous aviez prise de retourner au Cathay, je n'ai jamais vu d'amant témoigner tant de regret de perdre ce qu'il aime.
Angélique , tout assurée qu'elle étoit de son malheur, fiit tlattée de ces paroles, et donna occasion au paladin de les lui redire. Mais enfin, faisant réflexion à l'entretien qu'elle venoit d'avoir à la Roche-Cruelle avec ie fils d'Aymon , et se laissant emporter à son amour : O ciel! dit-elle d'un ton languissant, Renaud a donc bien changé. En même temps elle lui conta tout ce qui s'étoit passé entre elle et ce chevalier, dans la forêt des Ardennes et au château de Marquiu. Elle étoit ti'op remplie de sa douleur pour faire ce récitsans verser des torrents de larmes. Elle parut si touchée au prince anglois , qu'il fit tous ses efforts pour la consoler; et, comme il ignoroit l'obstacle qui s'opposoit au bonheur de la princesse, il lui pr(»ait sans fa^n de
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rendre Renaud plus traitable. Ensuite, pour faire di- Tersionà ses ennuis, il l'entretint d'Agrican; il lui dit qu'il l'avoit trouvé campé à une journée d'Âlbraque; mais qu'elle ne craignît rien : qu'il saurait bien la défendre contre cet empereur et contre tous les princes qui composoient son armée; que le passé devoit lui répondre de l'avenir; qu'il venoit de traverser tout te camp tartare, malgré les efforts de tous les guerriers qui s'étoient opposés à son passage. Angélique, sur la foi de ses promesses, se sut bon gré d'avoir pour défenseur un si vaillant chevalier. Elle le régala magnifiquement, et le fit même coucher dans la forteresse, pour lui témoigner ta confiance qu'elle avoit en lui.