LIVRE II, CÇAP. V. x6i
du Volga dans la capitale de cet état, qui est située presqu'à son embouchure. De là il entra dans les terres des Kalmouques et des Tïogais; ensuite, laissant sur sa gauche le Capchac et le pays des anciens Gètes, il remonta le ûeuve Jacartes , qu'il quitta pour entrer dans le Turquestan ; il le traversa , de même que la province des Merlcites, et parvint enfin au royaume de Xangut, voisin du Cathay.
Quoique Bayard fût infatigable, le prince anglois avoit une si vaste étendue d'états à passer, qu'il fut près ' de deux: mois à ce voyage. Il lui arriva bien des aventures en chemin, dont on ne fera pas ici mention : on se contentera de dire que la lance d'or fut fatale à plus d'un chevalier. Astolphe ne se vit pas plutôt au Cathay, qu'il commença de s'informer exactement si l'on n'y avoit point vu un chevalier tel qu'il peignoit le seigneur de Montauban; it n'en apprit aucunes nouvelles; ce qui l'obligea de tourner ses pas vers la cour de Galafron, où il se flattoit de le trouver, ou du moins d'en entendre parler. Mais, avant que d'y arriver, il fut informé d'une chose qui ne lui permit pas de continuer sa route. On lui dit qu'Agrican, empereur des Tartares, ardemment épris d'Angélique, l'avoit fait demander en mariage à Galafron, qui, ne croyant pas devoir la refuser à un prince si puissant , la lui avoit promise; mais que la princesse, au Heu d'y consentir, s'étoit retirée dans la forte ville d'Albraque, qulelle avoit remplie d'un grand nombre de chevaliers d'élite, qui s'y étoient jetés pour la défendre contre Agrican et contre tous ceux qui voudroient disposer de son cœur malgré elle,
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l6a BOLAND L'AMOUREUX.
Cette nouvelle détermina le prince d'Angleterre à prendre le chemin d'AJbraque, où il ne douta point que, parmi tant de guerriers que les attraits d'Angélique y avoient attirés , il ne rencontrât celui qu'il cherchoit. Lorsqu'il fut à une journée de cette ville, il découvrit, du haut d'une colline , un nombre presque infini de tentes et de gens de guerre campés dans un grand vallon, par ou il falloit nécessairement qu'il passât It arrêta le premier homme qu'il trouva sur son chemin, ■ et lui demanda ce que c'étoit que cette année qu'il voyoit. C'est, lui répondit cet homme, celle du redoutable empereur des Tartares, qui va, avec tous les rois qui lui sont tributaires, mettre le siège devant la ville d' Albraque. Le dessein de ce monarque est d'avoir en sa possession la belle Angélique, notre princesse', qui s'y est réfugiée pour ne le pas épouser. Vous pouvez découvrir d'ici la tente d'Agrican : c'est ce pavillon superbe où vous voyez voltiger cette bannière au gré du vent; ensuite est la tente de Saritron, roi des K.éraïtes, qui est un des plus braves guerriers du monde. Celle qui la suit est au grand Rhadamante : ce géant a dix pieds de hauteur, et est seigneur d'une partie du Karacathay, situé aux contrées du septentrion. Auprès de son pavillon est celui du riche Polifeme, roi de Congoras. Plus bas campe le roi de Mugal , que l'on nomme Pandragon, et immédiatement après, Aidante le Démesuré , roi de !N'iron-Gayat, qui surpasse en grandeur Rhadamante. On voit ensuite Lurcon et te Rer Santarie, l'un souverain de Tendouc, et l'autre de 3ageras. Cette tente verte est celle du roi de Courlas , qu'on nomme Brontin; et TJldan, roi de Karacoron est