‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 9 sur 253 · LIVRE I, CHAP. II. l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. II. l

près de la fontaine du perron dé Merlin. Il aperçut deux pavilIoDs tendus dans la prairie. L'un étoit celui d'Àrgail, et l'autre celui d'Angélique. Déjà te fils de Gatafron, fatigué de l'agitation du jour, goûtoit les douceurs du repos; et sa sœur, àson exemple, dormoit sous la garde de quatre géants qui veilloient à sa sûreté. Maugis ne vit pas plus tôt ces colosses qui lui fennoient l'entrée du pavillon de la princesse, qu'il fît des conjurations pour les endormir. Le charme opère. Les géants tombent dans l'assoupissement le plus profond. Alors il entre sous la tente. U tire son épée et s'avance vers Angélique pour lui couper la tête. O ciel 1 penuettrez-vous que votre plus parfait ouvrage soit détruit. Arrête , Maugis , que vas-tu faire ? toute la nature frémît de ton dessein. L'enchanteur, entraîné par soa zèle pour la patrie, s'approche de la princesse. Le sommeil qui fermoit ses beaux yeux ne lui faisoit rien perdre de ses grâces. On l'eût prise pour une de ces substances parfaites dont elle portoit le nom. Il prend d'une main ses blonds cheveux , et de l'autre il alloit lui porter le coup mortel ; mais il la trouva si belle en ce moment, à la clarté d'une lampe de cristal qui lui laîssoit voir son visage , qu'il ne put se résoudre à priver le monde d'une si charmante créature. lion, dit-il en lui-^néme, je ne puis être assez barbare pour ôter le jour à une si aimable princesse. Je saurai bien m'assurer d'elle et de son frère. Mon art m'en fournira des moyens plus doux. Ne vaut-il pas mieux que je profite d'une si belle occaùon?

Les moments étoient ohers, ses désirs ardents; il rouvrit son livre , et fit de nouvelles conjurations pour

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i6 ROLAND L'AMOUREUX.

augmenter l'assoupissement d'Angélique. Quand il crut n'y avoir rien oublié, et qu'il pouvoit s'abandonner à ses transports, il saisit la princesse , et se mit à la presser entre ses bras : mais quel fut leur étonnement mutuel ^ lorsque la fille de Galafron, se réveillant en sursaut à des caresses si vives, se vit à la merci d'un inconnu. Elle remplit l'air de cris en appelant son frère à son secours; et cependant elle repoussoit de toute sa force le téméraire dont l'emportement lui faisoit tout craindre.

Aux cris d'Angélique, Ai^ail fut aussitôt sur pieds; il court, il vole auprès d'elle sans armes et encore endormi. Le ressentiment qu'il a du péril où il la trouve, achève de dissiper son sommeil. Il entre en fureur, il se jette sur Maugis ; et le liant de ses bras nerveux : Traître, lui crie-t-il, ne crois pas que ton insolence demeure impunie. Ne le laissez point échapper , mon frère, disoit la princesse de son côté, c'est un magicien; sans la vertu de ma bague, je serois devenue la proie de cet audacieux. Le prince, à ces paroles, terrassa le tils du duc d'Aigremont pour s'en rendre maître plus aisément, et pendant qu'il le tenoit sous lui, Angélique se mit à le fouiller : elle lui trouva le Grimoire , elle s'en saisit brusquement. Cette princesse avoit quelques tentures des sciences magiques, et n'ignoroit pas l'usage qu'on pouvoit faire de ces sortes de livres. Elle l'ouvrit. Il étoit rempli de caractères bizarrement tracés, de cercles, de figures, et de mots barbares. A peine en eut-elle prononcé quelques-uns, qu'elle se vit entourée d'un grand nombre d'esprits et de voix qui lui crièrent tous ensemble : Que voulez -vous nous commander? Je vous ordonne, leur dit-elle, d'aller porter

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