LIVRE I, CHAP. II. l
je soupçonne la belle iaconnue qui vient de se présenter devant l'empereur, de n'avoir pas de trop bonnes intentions pour les chrétiens, Apprenez-moï si je me trompe.
Vous ne vous trompez point, répondît le démon. La sœur et le frère ne respirent que la destruction de l'empire romain. Us sont enfants de Galafron , rc» du Cathay. Ce prince hait mortellement tous les chrétiens , et c'est un ennemi d'autant plus dangereux , qu'il a em* prunté le secours de l'art magique, qui lui a fourni des moyens infaillibles de leur nuire. Ck)mme l'étoignenient de son royaume , situé sur les confins de la Tartarie orientale, ne lui permettoit pas de faire passer une armée jusque dans les états de Charles, et que d'ailleurs il n'étoit pas assez puissant pour assembler une armée capable de vous accabler, il a eu recours à la voie des charmes. Il a faît faire par im magicien de ses amb des armes enchantées pour son his, qui se n<Hnme Argail, et particulièrement une lance d'or , qui a la vertu d'abattre les plus fermes chevaliers. Dis qu'ils en sont touchés , ils perdent les arçons, et tombent i terre comme s'ils étoient frappés de la foudre.
Cen*estpastout, sage Maugis, poursuivit Astaroth: Argail, outre cette merveilleuse lance, a reçu de son père un cheval infatigable, et dont la vitesse surpasse celle des vents les plus impétueux. Cet admirable coursier s'appelle Rabican. Il semble que ses yeux soient deux, charbons allumés, et son poil a toute la noirceur du jais le plus éclatant. Galafron , ne doutant point que son fils, qui avoit déjà la réputation d'être le plus redoutable guenier de l'Orient , ne fût invincible arec de
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pareilles armes, lui dit un jour : Argail, il faut servir tes dieux et perdre celui des chrétiens. Cette gloire t'est réservée; pars pour la France. Ta sœur Angélique t'y accompagnera. Sa beauté sera funeste aux paladins de l'empereur Charles. L'espérance d'en £iire la conquête ne manquera pas de les attirer au combat. Tu les vaincras tous, et me les amèneras prisonniers. Ainsi la religion chrétienne, privée de ses plus vaillants défenseurs, verra bientôt ses autels renversés et débiiits par nos païens. Le roi du Cathay, ajouta le démon, après avoir tenu ce discours , instruisit Argail et Angélique de la manière dont ils dévoient se conduire, ensuite il les fit partir.
D'abord que Maugis sut le motîf du voyage de l'étrangère, il en frémit : O perfide princesse ! s'écria-t-ii, n'as-tu reçu du ciel tant d'attraits que pour en faire un si mauvais usage ? tu médites la ruine du plus bel empire du monde? C'est donc là ce qui t'amène à la cour de Charles ? Ah ! cruelle , n'espère pas que je t'en laisse saper les fondements. Je ne souffrirai point que ton frère triomphe par supercherie du courage de nos chevaliers. Le salut de mon pays, l'intérêt de nos saints autels, tout m'ordonne de prévenir ta pernicieuse entreprise. Ju veux te la rendre fatale à toi-même. Cette nuit je t'ôterai la vie. Ta beauté ne causera point les malheurs qu'en attend le barbare Galafron, et ma main d'un seul coup va remettre la tranquillité dans les cœurs.
Le fils du duc d'Aigremont ayant formé ee grand projet, bruloit d'impatience de l'exécuter. Dès que la nuit fut venue, il se fit transporter par ses démons au-
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