LIVRE II, CHAP. TI
leur jouteur àe l'Orient, la lance fatale lui fit mesurer la terre. Le monstrueux Argante, monté sur la plus énorme jument (ju'eussent produit les montagnes de Hfirtm-Gayat, où il régnoit, s'avança aussitôt. Quoiqu'il eût cinq pieds de largeur^eatre les épaules, il alla tenir compagnie au roi keraïte, faisant en tombant le même bruit que feroit une roche dont on auroit sappé le fondement. Le fort Uldan , roi de Karacoron , eut le même sort. Ce prélude étonna si fort les autres roie, qu'ils se mirent à crier sur le paladin, et quatre d'entre eux partirent tous ensemble pour l'aller accabler. lîéanmoins, à l'aide de Bayard, il résista à leur rencontre , et renversa le roi Mugal , qu'il avoit en tête : mais Brcntin, qui venoit après les autres , l'ayant pris au dépourvu, l'abattit lui-même.
Le géant Rhadamants arriva comme Astolphe venoit de se relever, en déclamant contre te roi de Courlas, qui ne lui avoit pas laissé le temps de s'affermir contre son atteinte : Rhadamante se jeta sur le paladin , le prit eitfre ses bras nerveux, le mit en travers sur le cou de son cheval , et l'emporta sous sa tente comme un enfant. L'empereur Agrican, itant survenu en cet endroit, aperçut le cheval Bayard , dont personne ne s'étoit encore saisi. Il fut cliarmé de sa beauté , et descendit du sien pour le monter; ce bon coursier étoit devenu plus docile, depuis qu'il avoit perdu son premier maître; il se laissa prendre sans résistance , et le fier Tartare se crut iovincihie quand il eut éprouvé ses allures.
La témérité du prince Astolphe fut donc très malheureuse. Aucun chevalier du parti d'Angélique n'eut l'assurance de sortir d'Albraque , pour aller venger le
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i68 ROLAND L'AMOUREUX,
paladin. Les assiégés se contentèrent de faire une garde soigneuse, et de ne rien oublier de tout ce qui pouvoit contribuer à ladéfense de la ville. Comme ils regardoient des créneaux, ils virent arriver une nombreuse armée du côté qu'étoit campée c^le des Tartares. Ces nouvelles troupes commencèrent à s'étendre sur une ligne, et firent connoître par leurs mouvements qu'elles avoient dessein d'attaquer le camp tartare. Effectivement, c'étoit l'armée du roi de Circassie; et ce monarque venoit avec sept rois, ses voisins, au secours d'Angéllque.Xe premier, nommé Varan, roi desNogai3,avoit vingt mille hommes sous ses ordres, tous bien armés , et pour laplupart grands maîtres à tirer de l'arc. Le second , appelé Brunalde, étoîtroides Comans, et commandoitàvingt cinq mille hommes. Ungian , prince des Kalmouques, le suivoit avec trente-cinq mille soldats. Deux grands guerriers venoient après, l'un étoit Soudan de Carismej de la religion musulmane : il ameiloit quarante mille de ses sujets; l'autre, seigneur de tout le Corassan, cônduisoit dix-huit mille combattants bien aguerris. Le premier se nommoit Torinde, et le dernier Savaron. Ces deux rois étoient suivis de Bordaque , roi de Cojende, et de Toncare, qui marchoit à la tête de quinze mille hommes presque tous archers. Trufaldin, qui régnoit dans le Zagathay, prince très riche et très puissant, mais perfide et artificieux, venoit après Bordaque avec quarante-huit mille soldats bien armés. Le généreux Sacripant marchoit le dernier, et conduisoit trentedeux mille CircassicQS. Quoique les rois de Carisme et et du Zagathay fussent plus puissants que lui par le nombre de leurs peuples et de leurs villes, ils ne lais-
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