LIVRE II, CHAP. VI
soient pas de le regarder comme le chef de cette formidable armée.
Lorsque tous ces rois furent rangés en ordre de bataille, Sacripant leur fit une courte exhortation : il leur représenta en peu de mots la justice de leurs armes, qui intéressoit le ciel à leur être favorable, et l'injustice d'Àgrican, qui abusoit de sa puissance pour contraindre un cœur qui se refusoit à sa poursuite. Comme il n'y avoit presque pas un de ces rois qui ne fût amoureux de la princesse du Cathay, le discours de Sacripant irrita la haine qu'ils avoient déjà pour l'empereur tartare.
D'un autre côté, Agrican, averti de la marche et du dessein de ces princes, ne jugea point à propos de les attendre dans son camp ; il marcha au-devant d'eux , et leur présenta un front de bataille égal au leur. Jamais on n'a vu deux armées plus puissantes en venir aux mains. Elles étoient à peu près égales en nombre comme en valeur.
Le premier qui commença l'attaque fut te brave Ungian avec ses Kalmouques; il avoit en tête le roi de Mugal , et il étoit soutenu par Savaron , Bordaque et Brunalde. Les rois de Tandouc, de Jageras et de Karacoron soutenoient Pendragon, Qui pourroit peindre l'horreur de cette sanglante journée ? Les Circassiens eurent d'abord l'avantage : ils enfoncèrent les Tartares en plus d'un endroit. Le roi Sacripant , secondé de Torinde et d'Ungian, faisoit des exploits si merveilleux, que les géants Argante et Rhadamante ne pouvoient résister à leurs- efforts. Le terrible Agrican, qui venoit de renverser Brunalde et Varan, et de faire pristmnier leroidesComans, passa par hasard en cet endroit; et,
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lyo ROLAND L'AMOUREUX.
voyant ses gens si maltraités, il se mit en une telle fureur, qu'il en écumoit de rage. Il pou&sa Bayard la lance en arrêt contre le roi de Cjrcassîe, qui , de son côté , fondit sur lui comme une tempête. Ces deux vaillants guerriers, de quelque force qu'ils s'atteigniseent, ne purent s'ébranler l'un l'autre , et leurs lances , quoique des plus grosses, volèrent en éclats. Des premiers coups qu'ils se donnèrent, leurs écus furent mis en pièces. Ils en jetèrent les restes à teire, et commencèrent à combattre en désespérés , tels que dans un pré deux taureaux se disputent une génisse, et se heurtent de leurs cornes impétueusement. Leurs armes, brisées en plusieurs endroits , ne sont déjà d'aucune défense; le sang coule de toutes les partiesde leur corps; et c^>endant le combat dure toujours ; mais le Qrcasùen est le plus blessé , ses forces commencent à trahir son courage ; il alloit succomber , quand , par hasard , jetant les yeux du côté d'Albraque, il aperçut Angélique qui les regardoit des créneaux. La vue de la princesse lui donne une nouvelle vigueur : O ciel, dit-il en lui-même, fais que la belle Angélique voie avec plaisir ce qu'un excès d'amour m'oblige d'entreprendre pour elle! Si ce bonheur m'airive, je consens de mourirà ses y^ij;-
Agité de cet amoureux transport, il frappe à tort et à travers , sans se soucier de ses blessures ; ^ à <^taque fois qu'il lève le bras pour frapper, il invoque le nom de sa princesse. Il se ménageoit si peu, et il fit des effw4s si prodigieux, qu'il mit plm d'une fois en danger la vie de son rival ; mais le sang qu'il perdait le laissoit imensibLement sans forée, et il alloit accorder la victoire à son ennemi, si Torinde, son wni, suiyi de ses
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