LIVBE II, CHAP. VII
ils mettent obstacle eux-mêmes à leur salut. Plusieurs soDt étouffés dans la presse, les autres tombent sous le fer des vainqueurs, qui les talonnent de si près, que quelques Tartares entrent dans la ville pêle-mêle avec eux. Agrican fut de ce nombre. Sod amour lui donuoit des ailes, et Bayard, favorable à son dessein, sembloit seconder par sa légèreté l'impatience que cet empereur avoit de conquérir Angélique.
Cette princesse observoit du haut du château tout ce qui se passoit; et comme ce château , situé sur le roc, étoit dans le cœur de la ville, rien de remarquable ne pouvoit échapper à ses regards. Elle s'aperçut bientôt qu'elle avoit eu tort de faire ouvrir la porte; et elle ordonna promptement qu'on la fermât pour empêcher qu'un plus grand nombre d'ennemis n'entrât dans la ville. Cet ordre ayant été exécuté, l'empereur Agrican se trouvaenfermédansAlbrac[ueavec trois cents chevaliers seulement. Un autre que lui auroit été effrayé du péril ; mais ce monarque intrépide n'en fut que plus fier. Cependant les chevaliers d'Angélique et les CUrcassieos qui s'étoient introduits dans la ville, le voyant, pour ainsi dire, à leur merci, s'assemblèrent pour l'assaillir tous à la fois. Ils avoient à leur tête les rois Varan et ^ordaque. Ce dernier, qui étoit de race de géant, se fiant un peu trop à ses forces, et méprisant le petit nombre de Tartares qui accompagnoient Agrican, lui adressa ces paroles insolentes : Orgueilleux empereur, tu vas perdre la vie; ta valeur te devient inutile, et ton vigoiureux coursier ne peut te sauver de nos mains. Laisse-là ces bravades, lui répondit le Tartare d'un air dédaigneux , et voyons ce que tu sais faire.
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174 ROLAND L'AMOUBEUX.
L'impétueux Bordaque, plein de fureur, s'avança sur lui , et , grinçant les dents pour faire plus d'efTort, lui déchargea sur le casque son épée à deux mains. L'indomptable Agrican n'en fut poiot ébranlé. C'est mat tenir ta promesse, dit-il à Bordaque, tu vas voir'si je sais mieux frapper que toi. En achevant ces mots, il lui porta sur la tête un si furieux coup , qu'il fendit jusqu'à la ceinture ce malheureux roi de Tonc^t.
Tous ceux du parti d'Angélique qui furent témoins de cette action, prirent la fuite : le seul Varan, que son caractère de roi engageoit à montrer plus de courage , entreprit de venger son compagnon ; mais l'empereur tartare poussa Bayard si vivement sur ce roi des IXogais, qu'il culbuta homme et cheval, puis il chassa devant tut, comme des moutons, tous les chevaliers de la ville. H les épouvantoit tous de s<m seul regard. Les braves Ungian et Savaron , qui survinrent sur ces entrefaites, arrêtèrent les pins effrayés; et leur représentant la honte qu'il y avoit de fuir ainsi devant un homme seul, il les ramenèrent au combat. Un grand nombre d'autres du parti des Circassiens se joignit à eux; de sorte que l'empereur Agrican, quivenoit de les mettre en fuite, les vit revenir en foule sur lui ; mais quoiqu'il fût environné d'un monde d'ennemis, il n'en étoit pas plus épouvanté; au contraire il en devint plus redoutable. Il se jeta sur les plus ardents à l'assaillir , et en fit un horrible carnage. L'espérance de se faire jour, par sa valeur, jusqu'à la princesse, lui faisoit exécuter de£ choses étonnantes. De son côté , Bayard , comme s'il fât entré dans tous ses mouvements, écartoit ses ennemis, ou les renversoit de ses pieds, et faisoit encore plus
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