LIVRE II, CHA.P. V: 2l
gris-musc, qu'il accompagna de deux cnemises fines et d'une paire de bas de soie. 3 'essayai le tout, qui sembloit avoir été fait pour moi. Le jeuae homme ne cessoit de me le dire, pour m'en donner plus d'envie. On eût dit qu'il appréhendoit que mon argent ne lui échappât, ou que je ne vimse à changer de sentiment; ce qu'il ne devoit pas craindre. Il vouloit vendre ; je voulois acheter; notre marché fut bientôt conclu. Il me demanda cent réaux; je les lui comptai. Ensuite nous fîmes un troc. Il me donna pour mon panier un sac de cheval où étoient quelques hardes , et dans leipiel je mis mon argent avec les deux chemises et les bas de soie. Pour l'habit, je le laissai sur mon corps, et je pendis le vieux à un arbre avec tout le reste de mes guenilles, comme un monumfsnt de ma gueuaerie. Le Tolédan de son côté remplit le panier de nippes et des vivres qui restCMent; car je les lui donnai àe bon cœur. Pendant que notts étions occupés de tous ces soins, le soleil baissoit insensiblement. Enfin i'hsure de notre séparation arriva. Nous nous enabrassânes avec mille démonstrations d'amitié; après guot chacun continua sa route, tous deux égakmumt satisfaits de notre renoontre. Nous touipaaifis même la tête l'un vers l'autre après nous être quit&és, pour nous dire encore adieu pair signes, et nous souhaiter un heureux voyage.
2l6 GUZMAN D'ALFARACHE.