LIVRE III, CHAF. IX. 33i
les oreilles. Vous n'avez, lui dis-je, qu'à me suivre, je vais vous mettre aux mains avec eux. A ces mots, je le pris par le bras et l'emmenai hors de la salle, quoiqu'il n'eût aucune envie d'en sortir.
Aussitôt l'ambassadeur et sa compagnie coururent Aux fenêtres qui ouvroient sur la cour , pour voir dé quelle façon se termineroit la querelle que je venois de faire naître entre ces trois faux bravés. Messieurs, disje aux deux qui se promenoient dans la cour, voici ce gentilhomme dont le père , si l'on veut vous*en croire, est un cordonnier cordouàn. Qu'il rende grâce, s*éct*ièrent-ils , au respect que nous devons à cet hôtel , que nous regardons comme la maison du roi d'Espagne. Voyant que l'officier de Cordoue étoit si effrayé qu'il n'avoit pas même la force de leur répondre , je portai pour lui la parole : Messieurs, leur dis-je, il va sortir tout à l'heure si vous le souhaitez , et vous videfet votre différend dans la rue. Won , non , me repartirent-ils en se retirant avec un peu de précipitation, nous nous rencontrerons ailleurs. Leur retraite réveilla le courage de mon gentîlhoihmé , qui les traita de poltrons. Il sortit un moment après eux , mais il prit un chemin opposé au leur.
Une si ridicule aventure divertît infiniment l'ambassadeur et ses convives, qui se remirent à table en disant mille choses plaisantes aux dépens de nos trois aventuriers. Après le dîner, chacun prit son parti et se retira , pendant que son excellence entra dans son ca^ binet pour y faire la sieàté.
332 GUZMAN D'ALFARÂCHE.