CHAPITRE X
De la pièce que fit Guzman a un capitaine et a un auocaf qui vinrent un Jour dîner chez V ambassadeur ^ sans y avoir été ins^ités,
BiErr ne faisoit plus de plaisir à mon maître que de voir d'honnêtes gens à sa table ; il y souffroit même volontiers des parasites , pourvu qu'ils -payassent leui* écot par quelques bons mots; mais il n'aimoit pas que ces derniers vinssent manger chez lui lorsqu'il régaloit des personnes de considération. Cela étant, tu t'imagines bien qu'un jour, qu'il donnoit à dîner à l'ambassadeuikde France et à plusieurs autres seigneurs, il ne vit pas sans peine arriver deux écumeurs de table : c'étoit un capitaine et un avocat, qui ne manquoient pas de mérite chacun dans sa profession; mais ils ne savoient parler que de leur métier, ce qui les rendoit l'un et l'autre fort ennuyeux.
Notre ambassadeur n'étoit pas capable de leur faire un mauvais compliment. Il se contenta de prendre un air chagrin; ce qui me fit connoître qu'il ne voyoit qu'à regret ces deux personnages. S'ils s'aperçurent de la mauvaise humeur de son excellence, du moins ils n'en témoignèrent rien. Il est vrai qu'ils avoient trop bonne opinion d'eux-mêmes pour s'en croire la cause; aussi, bien loin de s'en aller après avoir salué l'ambassadeur, ils ^demeurèrent et se mêlèrent parmi les autres.