‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 216 sur 328 · LIVRE IV, CHAP. VIL · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. VIL

pourra me faire assassiner. Ce n'est pas tout, ajoutat^il, je ne saurois vous rendre service dans cette affaire sans courir risque de me perdre , puisqu'il faudra que je me constitue prisonnier; et, quand une fois je serai en prison, je n'en sortirai jamais peut-être sans une grâce du ciel toute particulière.

J'entrai dans les raisons de Saya^dra , et nous convînmes ^u'il ne se montreroit pas dans les rues de Bologne; qu'il se tiendroit caché dans Thôtellerie oîi nous serions logés, et ne se méleroit nuUementde mon procès, supposé que j'en eusse un : aussi-bien je ne croyois pas avoir besoin de lui poiir faire condamner mon voleur à me restituer du moins une partie de mon bien. Mon confident, rassuré par cette condition, parut tout prêt à me suivre. ï^ous nous mîmes aussitôt en chemin sur des chevaux de louage, et le lendemain, sur la fin du jour^ nous arrivâmes à Bologne. Nous descendîmes à une hôtellerie où .il y avoit quelques étrangers que différentes affaires avoient attirés dans cette Ville. Je soupai avec eux f et je me retirai de bcHine heure dai^ une chambre assez propre que Sayavedra avoit eu soin de me faire préparer. Je dormis peu, n'étant occupé que de mpn fripon d'Alexandre, et je me levai de grand matin dans l'intention de m'informer si par hasard il n'étoit pas dans le pays. Je sortis donc tout seul, et je me promenai pendant un quart d'heure dans les rues. Comme je passois devant la grande église, je jetai la vue sur cinq ou six jeunes gens qui étoient<à la piH*te, et j'en remarquai parmi eux un dont l'habit me fit soupçonner que le cavalier qui l'avoit sur le corps pouvoit êti'e l'homme que je cherchois. Je me défiai d'a-

bord du rapport de mes yeux ; mais , après un long examen, je reconnus, à n'en pouvoir douter, que cet habit étoit celui dont un officier napolitain m'avoit fait présent pour quelque service que je lui avois rendu auprès de l'ambassadeur.

Je me sentis alors si transporté de rage de voir ce voleur paré de in«s dépouilles, que je fus tenté, dans mon premier moi\vement , de le joindre , et de lui passer mon épée au travers du corps. Néanmoins, par bonheur pour lui , et peut-être encore plus pour moi , il vint •une foule 'de réflexions judicieuses s'opposer à ma fureur. Doucement, me dis-je à moi-même, ne sois pas si violent ; laisse vivre ce pendard : s'il vit il pourra payer; si tu le tues, ce sera toi qui payeras. D'ailleurs ces jeunes gens qui sont avec lui pburroient bien prendre son parti ; et, quand <^ela n'arriveroit pas, souviens-toi que. c'est un grand spadassin avec qui tu n'aurofc pas trop beau jeu. De demandeur qu|î tu es, ne te rends pas déïendeur. Ayant donc connu la folie que je voitlois faire , en m'exposantà perdre tout le fruit de mon voyage par mon emportement , je m'^n retournai à l'hôtellerie pour prier mon hôte de me donner la connoissance de quelque homme intelligent dans la procédure. Il envoya chercher aussitôt un solliciteur de procès qui demeuroit dans son voisinage , et qui, pour «n homme de son métief , ayoit bien de l'honneUr et 3e la probité. Je demandai d'abord, à ce soUiciteur s'il connoissoit un certain Alexandre Bentivoglio , fils d'un avocat. Il me répondit qu'il n'y avoit personne darts le •territoire de Bologne qui ne connût le père et le fils. N'êtès-vous pas, lui répliquai-je, de leurs parents ou

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