‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 222 sur 328 · LIVRE ÏV, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE ÏV, CHAP. VIII

dis de me donner quelque argent II me jeta sur ia table d'un air. néglige toutes nos espèces, qui faisoîent à peu près une trentaine de pistoles, en me disant qu'il en iiHxt chercher si j'en souhaitais davantage. Je lui fis réponse que cela suflGsoit^ et que j'ims me reposer Wsque je l'auirois perdu.

Nous fûmes bientôt en train. Sa3ra¥edra s'assit «ur une chaise auprès de la xsheminée y et se tint là par «ion ordre pour être k portée de netus servir. On se fné«agea d'abond, comme cela se pratique; et néanmoins trou* vaÀt occasion deux ou trois fois de faine de bons coups spns tricherie, }e ne négligeai point d'en profiter. Je gagfiai tcmt au moins cent éeus. C'est toujours quelque chose, dis-J6 en moi-niême. Si malheureusement j>our moi le jeune homme qui est jsorti revient avec de l'ar* gent frais, du moins je n*aur»i pas -occupé sa place pour rien. Ces coups de bonheur piquèrent ces deux Messieurs, qui, craignant que je ne les quittasse, ainsi que je les en menaçois de temps en temps pour mieux les échauffer, mepr^iposèrent de jouer plu^ gros jeu. Je leur dis que j'y eonsentois. Un mmaewA après, eomme il s'agissoit d'un grand <3oup , j'apostrophai Sayayedra: Kola, garçon, lui dis^je, n'es^u donc ici que pour dormir? donne-moi à boire. Il se leva de l'air du fnonde le phis innocent, feignit d'^re à moitié endcH'mi, et^ en yersatvt du vin dans mon verre , les yeux a demi fermés , il me fit par ses signes, enlever quvnise pistotes à mes deux joœurs. Yoilà mes fonds bien augmentés. Mais, suivant la politique ordinaire des aigrefins, je perdois quelquefois, quand j^'aurois fort bien pu gagner.

Pour dine la vérité, avec mes seuls tours de main.

44o aUZMAN D'ALFARAGHE.

je serois venu à bout de ces messieurs, et je les aùroU mis à sec; car ils n'étoient rien moins que de fins joueurs : cependant il faut convenir que les signes de Sayavedra me faisoient brusquer leur argent , surtout quand ce n'étoit point à moi à battre les cartes ; cela étoitmême moins suspect. Ce garçon me fut d'un grand secours pour vider leur bourse. Quand je me vis en possession de toutes les pistoles qu'ils avoient étalées sur la table au commencement du jeu, je leur dis : Messieurs, il est fort tard, et vous savez qu'il m'est permis de me retirer; néanmoins, pour vous faire voir que je ne veux point emporter votre argent, et que je suis beau joueur, remettons la partie à demain : je ne partirai pas, quoique j'aie fait louer des chevaux pour cet effet. Rien n'étant plus capable de consoler des joueurs qui perdent, que Fespérance d'avoir leur revanche, ceux-ci ne me pressèrent plus de continuer le jeu. !Nous nous séparâmes. Chacun prit le chemin de sa chambre, eux dans la crainte que je ne manquasse à ma parole , et moi dans la. résolution de là tenir.

La joie d'avoir gagné un peu d'argent, et l'agitation où le jeu a voit mis mes esprits, m'empêchèrent assez long-temps de goûter la douceur du sommeil. Heureusement , dans mon insomnie , je n'avois que d'agréables images. Il n'en étoit pas de même de mon malheureux voisin. Il ne faisoit que de revenir de la ville, et encore sans argent. Il n'a voit osé paroître dans la salle; et plein de honte et de rage, il s'étoit retiré, dans sa chambre. Je l'entendois soupirer amèrement et ^ tourner dans son lit tantôt d'un côté et tantôt de l'autre. J'étois ravi de l'avoir vengé à mon profit; et ce qu'il y a de plai-

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