UVRE VI, CHAP. I
quand ils vous voient hors de danger. Je C6.%sâi de dissimuler, et je leur contai, fort à mon avantage, ce qui s'étoit passé le matin entre le porteur d'appel et moi. Sur cela don A.ntonio me représenta que je pourrois aussi être arrêté, et il me conseilla de me retirer chez lui ; ce que je ne manquai pas de foire, pour éviter un emprisonnement , que je craignois pour plus d'une raison. Je passai agréablement la journée dans la maison de ce cavalier, qui fit tout son possible pour m'y retenir à coucher. Je m'en défendis à cause de mes coffres, qui m'auroient inquiété toute la nuit , et sur les dix heures du soir je repris le chemin de rhôtellerie.
Je rencontrai dans les rues deux femmes, précédées d'un valet qui portoit une grande lanterne , à la faveur de laquelle il me fut aisé de remarquer qu'elles étoient très jolies. Je les abordai poliment en leur disant des choses fort obligeantes. Elles y répondirent avec beaucoup d'esprit; et ne doutant point, à voir l'éclat dont brilloit mon habit, que je ne tu^^-una buena ropa, elles m'agacèrent de façon, qu'elles m'engagèrent à les accompagner jusqu'au détour d'une rue, oii^ s'étant tout à coup arrêtées, celle des deux qui paroissoit la prin* cipale me dit : Seigneur cavalier, ne venez pas plus loin, je vous prie; attendez^nous dans cet endroit. Nou$ allons entrer dans une maison qui est à deux paj^ d'ici , pour y voir une dauiô malade; nous en sortirons tout au, plus tard dan» un quart d'heure , nous vieArbns vous rejoindre ici , et peul*étre ne uterez-vous pas fâché de nous avoir rencontrées cette nuit : vous enten- -drez chanter et jouer du luth à ravir. En achevjtnt ces mots, elles m'échappèrent toutes deux, et je fus assex
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sot pour prendre au pied de la lettre ce qu'elles m'a* voient dit ^ j'eus la patience de demeurer dans la rue jusqu'à minuit. Alors je ne fus que trop persuadé que j'étois la dupe de cette aventure , tout déniaisé que je me croyois sur cette matière : j*avouerai même, à ma confusion j que je ne pus sauver ma bourse de la subtilité de ces donzelles.
Comme j'étois obligé , en retournant au logis , de passer devant la maison de ma belle veuve, je ne pus me refuser le plaisir de jeter les yeux sur ce cher domicile de ma reine, et il me sembla voir à sa porte une figure d'homme. Je m'imaginai d'abord que c'étoit don Luc, parce que ce cavalier avoit coutume de faire la ronde toutes les nuits dans cet endroit, et je ne fis pas cette remarque sans sentir une émotion mêlée de frayeur et de jalousie : néanmoins venant à me souvenir qu'il étoit en prison, je me mis en tête que ce ne pouvoit être lui. Je me rassurai , et, poussé par un mouvement jaloux, je m'approchai de l'objet qui le causoit, et qui , selon toutes les apparences, ayant encore plus de peur que moi, disparut à mon approche. Étant arrivé à la porte, j'entendis un bruit sourd de verrou, qui me fit juger qu'on alloit l'ouvrir : je ne me trompai pas tout-à-fait dans ma conjecture , puisqu'un instant après on l'entr'ouvrit de manière qu'un homme y pouvoit passer. La curiosité d'approfondir cette affairéll^où je me croyois plus intéressé que je ne l'étois, m'obligea de me glisser sans bruit en dedans. Je sentis aussitôt une main qui me saisit pour me conduire; car nous étions dans une allée où il n'y avoit point de lumière. Je compris bien qu'on se méprenoit , et je n'en