‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 302 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. V

le régalâmes de quelques confitures, qui lui donnèrent occasion de nous en envoyer le lendemain une caisse , dont on lui avoit fait présent.

Ce galant suranné s'accoutuma peu à peu à venir tous les soirs dans une maison où il étoit si bien reçu. Ma présence, pourtant, ne laissoit pas de le gêner; et pour m'écarter, il me dit un jour qu'il m'a voit invité à dîner chez lui, qu'il ne pouvoit plus souffrir qu'un homme quiavoit de l'esprit comme j'en avois, passât sa jeunesse dans l'oisiveté; qu'il avoit dessein de m'occuper, en me faisant avoir un emploi ; qu'il en savoit un qui me convenoit, et où je serois bien maladroit si je ne m'enrichissois pas en peu de temps. Je lui répondis que je n'étois oisif que malgré moi ; qu'il m'obligeroit sensiblement s'il me procuroit quelque occupation utile, et que je m'en acquitterois de façon qu'il n'auroit aucun reproche à me faire. Deux jours après il vint au logis , et me mit entre les mains une commission toute prête d'officier receveur des tailles du roi, en me signifiant qu'il falloit que dès le lendemain, pour tout délai, je partisse pour me rendre au quartier de mon département. Quoique je n'aimasse guère cet emploi , je l'acceptai , et j'en fis à mon bienfaiteur les mêmes remer • ciments que je lui aurois faits s'il m'eût élevé à un des premiers postes du royaume. Ma femme n'en étoit guère plus contente que moi ; néanmoins nous résolûmes dans notre conseil secret, d'en tâtcr un peu , et d'éprouver si pendant mon absence notre amoureux barbon seroit assez généreux pour réparer la perte du gentilhomme flamand.

, Je m'éloignai donc dedona Mafia, laissant le champ

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libre à son vieil Adonis. J'arrive au lieu de mon département ; je suis kistaUé dans mon emploi. Je me prépare à Texercer ; mais, hélas ! que nous trouvons de près les choses différentes de ce qu'elles paroissent <le loin! Je connus bientôt que mon poste n etoit pas de ceux où Targent nous vient en dormant; et que, pour y gagner seulement ma vie , je devois m'attendre à suer sang et eau, outre qu'en tourmentant les misérables , et en faisant mille violences , on ne s'acquiert point Famttié du public. £n un mot, ce métier me déplut. Je ne sais si je n'eusse pas mieux aimé celui de voleur de grands chemins. Aussi me propospis-je , au bout des trois premiers mois, de demander qu'on me rappelât. Ils n'é* toient pas encore expirés, que mon patron m'écrivit luimême de revenir à Madrid. Sa lettre me causa: plus de joie que je n'en avois ressenti lorsqu'il m'avpit si charitablement tiré de prison. J'abandonnai de boti cœur mon poste, et ta' en retournai vers mon protecteur, fort curieux de savoir pourquoi il s'ennuyoit de mon absence. Je commençai par l'aller voir en arrivant II se mit d'àbosd à se plaindre de l'humeur coquette de dona Maria. Vous avez , me dit-il , une femme qui a un gtand défaut ; elle n'aime qiie les jeunes gens. J'ai eu beau lui représenter que les fréquentes visites qu'ils lui font la perdront infailliblement, jusqu'ici je n'ai pu l'engager à leur rompre en visière. C'est une petite incorrigible. Je ne vous ai rappelé, poursuivit-il, que pour vous informer de son indiscrétion , et vous avertir de prendre garde à sa conduite , de peur qu'il ne se passe encore chez vous une scène pareille à celle que vous savez. On ne trouve pas toujours des protections puissantes et

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