‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 322 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. X. ôaS · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. X. ôaS

suivit -il, que nous nous préparons à exécuter notre entreprise. Nous avons des armes cachées; toutes nos mesures sont prises, et nous sommes un grand nombre de gens, tant Turcs que chrétiens, qui avons résolu de nous sauver ou de périr tous ensemble. On n'exige de vous qu'une chose; c'est de mettre le feu aux poudres, si par malheur vous remarquez que nous ne soyons pa& les plus forts. Tel est noti-e complot. Après le châtiment inhumain que le capitaine vous a fait souffrir, nous avons cru que vous ne refuseriez pas de vous joindre à nous. »

Je répondis au Turc qu'on avoit eu raison de présumer qu'il n'y avoit rien que je ne> fusse capable de faire pour me venger du capitaine, et qu'il pouvoit assurer de ma part tous les conjurés que je ferois ce qu'ils attendoient de moi. J'avois cependant une autre pensée. Lorsque je vis approcher la journée de l'exétion du projet, je dis un matin à un soldat, qui vint par hasard auprès de moi, d'aller dire au capitaine que j'avois un secret de la dernière conséquence à lui ré-vêler. Mais, ajoutai -je, dites-lui qu'il m'envoie chercher tout à l'heure; que la chose presse, et qu'il y va même de sa vie. Le capitaine reçut l'avis que je lui faiàois donner comme *un artifice dont je me servois pour regagner ses bonnes grâces , et tâcher de rentrerau service de son neveu; et s'il voulut bien m'entendre, ce ne fut que pour me faire encore maltraiter, si ce que j'avoisà lui dire ne méritoit point qu'il m'écoutât. Il me fit donc appeler, et je lui découvris tout. Je lui indiquai l'endroit où étoient les armes, et lui nommai les principaux auteurs du complot, à la tête desquels

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je n'oubliai pas de placer mon bon ami Soto, à qui je me croyois redevable des coups dé latte qui m'avoient été donnés avec si peu de justice.

Le capitaine, après avoir ouï mon rapport, qu'il ne jugea pas indigne de son attention, fit mettre sous les armes fort prudemment tous les soldat%le long de la ga* 1ère. S'étant par ce moyen, rendu maître des conjurés, il commença par faire visiter les endroits oii je lui avois dit que leurs armes étoient cachées. Il les y trouva ; et ne pouvant plus douter de la vérité de la coi^uration, il ordonna qu'on se saisît des chefs, à qui les tourments firent tout avouer. Soto fut mis en quatre quartiers par quatre galères, aussi-bien qu'un de ses camarades. On décima les. autres, dont deux furent pendus , et on coupa le nez à tout le reste. Soto, avant sa mort, confessa que c'étoit lui qui avoit conseillé de cacher l'assiette et volé le cordon du chevalier.

Lorsque les conjurés eurent été punis, le capitaine fit l'éloge de mon zèle et de ma fidélité. Il ne pouvoit assez admirer le généreux sentiment qui m'avoit fait sacrifier le plaisir de la vengeance au service du roi. Ensuite il me demanda publiquement pardon de son injustice; et m'ayant luinnême ôté mes fers, il me dit que j'étois libre, et que je sortirois de la galère aussitôt qu'il auroit reçu de la cour une réponse à la lettre qu'il y alloit écrire pour en obtenir ma liberté. Il écrivit effectivement en ma faveur, et fit signer sa lettre par tous les officiers, qui furent bien aises de q^ marquer par là qu'il sentoient vivement l'obUgation qu'ils m'avoi^it. Je rendis mille et mille grâces au ciel de l'occasion qu'il m'avoit donnée de œe tirer de l'état d^lo-

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