LIVRE 11^ CHAP. III
mais il étoit un peu jaloux, quoique safeiQme fût asse2 laide, et il neparloit ainsi que pour )a t<enir en re^ect. Il craignoit apparemment qu'elle ne laissât remplir sa plac^ par quelque bon voisin; office que l'on rend quelquefois ^nin le^isiniers , çQxnrm aux autres maris al^sents.
Étant revenu dans notre ipai^oQ , j'étal^ d^s une galerie toutes no$ viandes, que je pendis ^ des clous le Long du mur, ce qui formoitune tapisserie trjès agréable à la vue; après celfà, je songieai h prei^re le repos doQt j 'a vois besoin. Ma maîtresse, qi^i eoi^çboit d^i i4ii# ^lle basse, ^toit déjà au lit. Je montai daûs mpipi #pparteinent, qui étpit ^ grenier oii il pe faisait pa§ moins chaud U nuit que 1^ jour, à cau^e qu^ li soleij: y donnoit depuis le matin jusqu'au soir. J'ôtai ma* chemise pour être plus fraîchement, ^ j^ m'étendis tout nu sur luon gr^at , oîi je m'endormis^ mais mop somjtneil, quoique des plus profQuds, fu.t dissipé une heure après par un bruit .épouvai^tablç de cj^ats qui s^ battoi^nt à Quti:4^çe, ^ il me sejnWa que h galerie leur seryoit de ^îpp d/s bgttaille. Geia m'inquiéta* Ce seroit bien le diiible ^ dis-je en moi«£nêipe , ^i ces auimaux hargi^u3C en vouloient ^.jiotre tipisferie! 11 faut que j'aiilf' voir de quoi il s'agit , et qudi peut ê^e le sujet de leur différend. Liàrdessus me voilà debout; et, sans perdre un temps si ch0fr à TiCw^ttce mu ^^hemise, je m'empressai à descendre dans Ifi grierie; japais à peine èus^e posé le pied sur moil écbi^e , car je a'avois pas â'a|itre escalier, que mes veux, ùirmt frappés d'une grande lumièce qui me ^^rprilt et jn'arréta tout court. Je tournai la tête pour découvrir la cause de cette
Ipô GUZMAN D'ALFARACHE.
clarté; je vis une figure toute nue comme la mienne, et si noire que je m'imaginai que c'étoit le diable : j'en tressaillis de peur. Ce fantôme ëtoit ma maîtresse, qui, s'étant éveillée au bruit du combat des matous, véaoit, avec une, lampe à la main, au secours de nos faisans et de nos perdrix. Comme elle s'étoit aussi couchée in puris naturalibus y elle avoit, dans son empressement, négligé aussi-bien que moi de reprendre sa chemise* Nous croyant l'un et l'autre endormis , cette précaution nous avoit paru superflue. Nous nous aperçûmes tous deux en même temps. Si je la pris pour un démon, elle me prit de son coté pour un lutiii. Je poussai un cri horrible; elle y répondit par un autre de la même force ,tet s'enfuit dans sa chambre avec effroi. Je voulus, à son exemple-, regagner mon galetas; mais je glissai par malheur le long de l'échelle, et tombai dans la galerie si rudement , que je me fis quelques meurtrissures. Je me relevai avec assez de peine, et cherchant à tâtons un endroit où je savois bien qu'il y avoit Un petit fusil , de la mèche d'Allemagne , des allumettes et plusieurs bouts de chandelles, j'en allumai un, avec quoi je parcourus la galerie, pour voir si les. combattants n'y étoient point encore; mais nos cris les a voient épouvantés et mis en fuite. Nous voyant délivras de nos ennemis, j'examinai toutes les pièces de notre tapisserie l'une après l'autre, et en ayant fait un exact examen , je trouvai que la bataille sanglante dont le bruit nous avoit réveillés la patronne et moi , Venoît de se donner pour un levraut tout lardé , que les c^ats s'étoient disputé avec tant de rage , qu'il n'en re&toit plus que les os.