LIVRE VIII, CHAP. XL
heure après, çt gagneroit par une porte secrète un escalier dérobé qui conduisoit dans les cours.
Lorsqu'il m'eut instruit de ce qu'ils avoient concerté tous deux^ il me posta dans un endroit par où il m'as* sura qu'ilâ passeroient. J'y gardai si long-temps le mulet, que je commençai à croire que notre galant avoit pris par un autre chemin ou perdu l'envie de voir Catalina; comme si les princes perdoient ces sortes de hn-^ tftisies avant que de les avoir satisfaites! Enfin je m*imaginois qu'on m'avpit oublié, quand il parut deux hommes qui m'abordèrent. I^s ayant reconnus pour ceux que j'attendois, je les menai a mon carrosse, dans lequel ils montèrent l'un et f autre; pour moi, je me mis auprès du cocher pour lui servir de guide , qt je le fis arrêter à cinquante pas de chez les dames. Je donnai U main au prince d'Espagne et à son compagnon, pour les aider à descendre , et nous marchâmes vers la maison où nous voulions nous introduire. La porte s'ouvrit à notre approcha, et se referma dès que nous fûmes entrés.
Nous nous trouvâmes d'abord dans les mêmes ténèbres où je m'étois trouvé la première fois, quoiqu'on tùi pourtant par distinction attaché une petite lampe à un mur. La lumière qu'elle répandoit étoitsi sombre, que nous l'apercevions seulement sans en être éq^airés. Tout cela ne servoit qu'à rendre l'aventure plus agréable à son héros, qui fut vivement frappé de la vue des dames lorsqu'elles le reçurent dans la salle , où la clarté d'un grand nombre de bougies compensoit lobscurilé qui régnoit dans la cour. L^ tante et la nièce étoÊènf dans un déshabille golant, où il y avoit une intelli-
gence de coquetterie qui ne les lais^it pas regarder impunément. Notre prince se seroit fort bien contenté de la senora Mencia, s*il n'eût pas eu à choisir; mais les charmes de la jeune Catalina, comme de raison, eurent la préférence.
Eh bien! mon prince, lui dit le comte de Lemos, pouvions-nous vous procure^ le plaisir de voir deux personnes plus jolies? Je les trouve toutes deux ravissantés, répondit le prince; et je n'ai garde de remporter d'ici mon cœur, puisqu'il n'échapperoit point à la tante, si la nièce le pou voit manquer.
Après un compliment si gracieux pour une tante, il dit mille choses flatteuses à Catalina, qui lui répondit très spirituellement. Comme H est permis aux honnêtes gens qui font le personnage que je fâisois dans cette occasion , de se mêler à Fentretien des amants, pourvu que ce soit pour attiser le fçu, je dis au galant que sa nymphe chantoit et jouoit du luth à merveille. Il fut ravi d'apprendre qu'elle eût ces talents; il la pressa d© lui en montrer un échantillon. Elle se rendit de bonne grâce à ses instances, prit un luth tout accordé, joua quelques airs tendres, et chanta d'une manière si touchante, que le prince se laissa tomber à ses genoux tout transporté d'amour et de plaisir. Mais finissons là ce tableau, et disons seulement que, dans la douce ivresse où Théritier de la monarchie espagnole étoit plongé, les heures s'écoulèrent comme des moments, et qu'il nous fallut l'arracher de cette dangereuse maison k cause du jour qui s'approchoit. Messieurs les entrepreneurs le ramenèrent promptemént au palais et le remirent dans spn appartement. Us se retirèrent ensuite