LIVRE IX, CHAP. VI
tées, répliqua la soubrette, ne sont-elles pas fort touchantes? C'est à quoi, repartit la dame, je n'ai fait aucune attention. Je ne me suis attachée qu'au chant. Je n'ai nullement pris garde aux vers , ni ne me soucie guère de savoir qui m'a donné cette sérénade. Sur ce pied -là, s'écria la suivante, le pauvre don Gaston de Cogollos est très éloigné de son compte , et bien fou de passer son temps à regarder nos jalousies. Ce n'est peut-être pas lui, dit la maîtresse d'un air froid; c'est quelque autre cavalier qui vient par ce concert de me déclarer sa passion : vous êtes àms l'erreur. Pardonnez* moi, répondit Félicia , c'est don Gaston lui-même, à telles enseignes qu'il m'a ce matin abordée dans la rue; il m'a même priée de vous dire' dé sa part quHl vous ' adore, malgré les rigueurs dont vous payez son amour; et qu'enfin il s'estitnetoit le plus heureux de tous les hoipmes, si vous lui permettiez de vous marquer sa tendresse par ses soins et par des fêtes galantes. Ces disqours , poursuivit-çile , vous» prouvent assez que je ne me trompe pas.
La fiUe de dop Georges changea tout à coup de visage, ^t , regardât sa suivante d'un air sévère : Vous aurie;i bien pu, lui dit -elle, vous passer de me rapporter cet impertinent entretien. Qu'il ne vous arrive plus, s'il vous plaît, dç me venir faire de pareils rap* p^rts; et, si ce jeune téméraire ose encore vous parler, je V4|us ordonQç de lui dire qu'il s'adresse à une personne qui fasse plusr de ç0 de ses galanteries ,. et qu'il choisissie un plus bonn^ passe-temps que celui d'être toute la journée à ses fenêtres , à observer ce que je iais dans mon appartement.
^io GÏL BLAS.
Tout cela me fut fidèlement détaiflé dans tine seconde entrevue par Félicia , qui^ pv*étendant c[u'il ne falloit pas prendre au pied de la lettre les paroles de sa maîtresse , vouloit me persuader que mes affaires alloientie mieux du monde. Pour moi,<[ui n'y entendois pas finesse , et qui ne croyois pas qu^on put expliquer le texte en ma faveur, je me défiois des commentaires qu'elle me f^isoit. Elle se moqua de ma défiance , demanda du papier et de l'encre à son amie, et me dit : Seigneur chevalier , écrivez tout à i'heure à dona Helena en amant désespéré. Peignez - lui vivement vos souffrances, et surtout plaignez -vous de la défense qu'elle vous fait de paroître à vos fenêtres. Promettez d'obéir; mais assurez qu'il vous «n coûtera la vie. Toumez^i-moi cela comme vous le savez si bien faire vous autres cavaliers-; et je me charge du reste. J'espèr«.que l'événement fera plus d'honneur que vous n'en faites à ma pénétration.
J'aurois été le premier amant qui, trouvant une si belle occasion d'écrire à sa maîtresse , n'en, eût pas profité. Je composai une lettre d^ plus pathétiques. Avant que de la plier, je la montrai à Félicia, qui sourit après l'avoir luç , et me dit que si les femmes savoient l'art d'entêter les hommes, en récompense les hommes n'ignoroient pas celui d'enjôler les femmes. La soubrette prit mon billet, en m'assurant qu'il ne tiendrait pas à elle qu'il ne produisît un bon «effet; puis, m'ayant recommandé d'avoir soin que mes fenêtres fussent fermées pendant quelques jours , elle retourna chez don Georges.
Madame, dit- elle en arrivant à dona Helena, j'ai