LIVRE IX, CHAP. VI. 24ï
rencontré doli Gaston. Il n'a pas manqué de venir à moi, et de vouloir me tenir des discours flatteurs. Il m'a demandé^'une voix tremblante, et comme un coupable qui a^end son arrêt, si je vaus avois parlé de sa part^ Alors, prompte à exécuter vos ordres, je lui ai coupé brusquement la parole. Je me suis déchaînée contre lui. Je l'ai chargé d'injures , et laissé^ans la rue, étourdi de ma pétulance. Je suis ravie, répondit donaHelena, que vous m'ayez débarrassée de cet importun; mais il n'étoit pas nécessaire de lui ||arler brutalement II faut toujours qu'une fille ait de la douceur. Madame, répliqua lasuivante, on ne se défait pas d'un amiant passionné par des paroles pron<3Sicées d'un air doux. On n'en vient paa même toujours à bout4)ar des fureurs et des emportements. Don Gastcm , paf exemple, ne s'est pas rebuté. Après l'avoir accaUé d'injures, comme je vous l'ai dit , j'ai été chez votre parente où vous m'avez envoyée. Cette dame, par malheur, m'a retenu troplong*temps. Je ^is trop long-temps, puisqu'en revenant j'ai retrcmvé mon homme. Je ne m'attendois plus à le revoir. Sa vue m'a troublée, mats si troublée, que ma langue, qui ne me manque jamais dans l'occasion, n'a pu me fournir un£|, parole. Pendant ce temps-là, qu'a-t-il fait? Il a profité de mon silence, ou plutôt de mon désordre; il m'a glissé dans la main un papier que j'ai gardé sans savoir ce que je faisois , et il a disparu dans le moment»
£n parlant ainsi, elle tira de son sein ma lettre, qu'elle remit tout en badinant à sa maîtresse, qui, l'ayant prise comme pour s'en divertir, la lut à bon compte, et fit ensuite la réservée. En vérité, Féliçiajç dit- elle d'un air sérieux à sa suivante, vous êtes une GU dlas. II. i6
étourdie, une folle, d'avoir reçu ce billet. Que peut penser de cela don Gaston^ et qu'en dois-je croire moimême? Vous mé donnez lieu, par votre conduite, de me défier de votre fidélité, et à lui de me soupçonner d'être sensible à sa passion. Hélas! peut-être s'imaginet-il en cet instant que je lis et relis avec plaisir les caractères qu'il a tracés. Voyez à quelle honte vous exposez ma fiertév Oh! que non, madame ! lui répondit la soubrette, il ne sauroit avoir cette pensée; et, supposé qu'il l'eût, il ne Taura pas long-temps. Je lui dirai, à la première vue, que je vous ai montré sa lettre ; que vous l'avez regardée d'un air glacé , et qu'enfin, sans la lire, vous l'avez déchirée avec un mépris froid. Vous pourrez hardiment, reprit donaHe* lena, luyurer que je ne l'ai point lue. Je serois biea embarrassée s'il me falloit seulement en dire deux paroles. La fille de don Georges ne se contenta pas de parler de cette sorte, elle déchira mon billet, et dé* fendit à sa suivante de l'entretenir jamais de moi.
Comme j'avois promis de ne plus faire le galant à mes fenêtres, puisque ma vue déplaisoit, je les tins fermées pendant plusieurs jours pour rendre mon obéis- ^nce plus toudiante. Mais au défaut des mines qui m'étoient interfites, je me préparai à donner de nour velles sérénades à ma cruelle Hélène. Je me rendis une nuit sous son balcon avec des musiciens , et déjà les guitares se faisoient entendre, lorsqu'un cavalier, répée à la main , vint troubler le concert, en frappant à droite et à gauche sur les concertants, qui prirent aussitôt la fuite. La fureur qui animoit cet audacieux excita la mienne. Je m'avance pour le punir, et nous