LIVRE IX, CHAP. Vil. aSg
pion; car je ne doutois pas que ce. ne fût lui, et je ne me trompois point. On le fit entrer sur le soir dans la tour; et sa joie, que la mtenne seule pou voit égaler, éclata par des transports extraordinaires lorsqu'il m'aperçut. De mon côté , dans le ravissement où je me s^tis à sa vue, je lui tendis les bras, et il me serra sans façon enfre les siens. Ue^iriaître et le secrétaire se confondirent dans cette embrassade , tant ils étoient aises de se revoir.
Quand nous nous fûmes un peu démêlés tous deux , j'interrogeai Scipion sur l'état où il a voit laissé mon hôtel. Vous n'avez plus d'hôtel, me répondit-il; et, pour vous épargner la peinedeme faire question sur question, je vais vous dire en deux mots ce qui s'est passé chez vous. Vos effets ont été pillés tant par des archers que par vos propres domestiques, qui, vous regardant déjà comme un homme entièrement perdu, ont pris à compte sur leurs gages tout ce qu'ils ont pu emporter. Par bon» heur pour vous , j'ai eu l'adresse de sauver de leurs griffes deux grands sacs de doubles pistoles que j'ai tirés de votre coffre-fort, et qui sont en sûreté. Salero, que j'en ai fait dépositaire, vous les remettra quand vous serez sorti de cette tour, où je ne vous crois pas pour long-temps pensionnaire de sa majesté , puisque vous avez été arrêté sans la participation du duc de Lerme.
Je demandai à Scipion comment il s$i;voit que son eJteellence n'avoit point de part à ma disgrâce. Oh ! vraiment, me réppndit-il , c'est une chose dont je suis bien Instruit. Un de mes amis, qui a la confiance du duc d'Uzède , m'a conté toutes les circonstances de votre
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emprisonnement Çaldcrone , m'a-t-il dit , ayaht découvert par le ministère d'an valet, que la seiiora Sirena recevoit sous un autre^ nom le prince d'Espagne pendant la nuit , et que c'étoit le comte de Lemos qui conduisoit cette intrigue par l'entremise du seigneur de Santillane, résolut de se venger d'eux et de sa m^* tresse. Pour y réussir , il va trouver secçftement le duc d'Uzède, et lui découvre tout. Ce duc, ravi d'avoir en main une si belle occasion de perdre son ennemi, ne manque pas d'en profiter. Il informe le roi de ce qu'on vient de lui apprendre , et lui représente vivement les périls auxquels le prince a été exposé. Cette nouvelle excite la colère de sa majesté , qui fait enfermer surle-champ Sirena dans la maison des Repenties ^ exile le comte de Lemos , et condamne Gil Blas à une prison perpétuelle.
Voilà , poursuivit Scipion , ce que m'a dit mon ami. Vous voyez par là que votre malheur est l'ouvrage du duc d'Uzède, ou pour mieux dire de Calderone. * S, J^ jug^^i P^r c® discours que mes affaires pourroient se rétablir avec le temps ; que le duc de Lerme, piqué de l'exil de son neveu , mettroit tout en œuvre pour faire revenir ce seigneur à la cour ; et je me flattai que son. excellence ne m'oublieroit point. La belle chose que l'espérance! Elle me consola tput à coup de la perte de mes effets volés, et me rendit aussi gai que si j'eusse eu sujet de l'être. Loin de regarder ma prison comme une demeure malheureuse où je finirois peift-
*■ Calderone a réussi à faire emprisonner Gil Blas ; mais il ne pourra pas se soutenir lui-même. Nous verrons ci-après la fin de son histoire , ^i n'est pas un roman y livre xi, ç^pitre it.