‹ Œuvres de Le SageChapitre 148 sur 321 · LIVRE IX, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAP. VIII

ma perte. Ce qui prouve que les pleurs d'un héritier ne sont pas toujours des ris cachés sous un masque.

Je m'attendois àqnc à passer le pas ; néanmoins mon attente fut trompée. Mes docteurs m'ayant abandonné, et laissé le champ libre à la nature j me sauvèrent par ce moyen. La fièvre, qui selon leur pronostic devoit m'emporter, me quitta comme pour leur en donner le démenti. Je me rétablis peu à peu, par le plus grand bonheur du monde : une parfaite tranquillité d'esprit devint le fruit de ma maladie. Je n'eus point alors besoin d'être consolé. Je gardai pour les richesses et pour les honneurs tout le mépris que l'opinion d'une mort prochaine m'en avoit fait concevoir; et, rendu à moimême, je bénis mon paalheur. J'en remerciai le ciel comme d'une grâce particulière. qu'il m'avoit faite; et je pris une ferme résolution de ne plus retourner à la cour, quand le duc de Lerme voudroit m'y rappeler. Je me proposai plutôt, si jamais je sortois de prison, d'acheter une chaumière, et d'y aller vivre en philosophe.

Mon confident apph»udit à mon dessein, et me dît que, pour en hâter l'exécution , il prétendoit retourner à Madrid pour y solliciter mon élargissement. Il me vient une idée, ajouta -t-il. Je connois une personne qui pourra vous servir; c'est la suivante favorite de la nourrice du prince, une fille d'esprit. Je veux la faire agir auprès de sa maîtresse. Je vais tout tenter pour vous tirer de cette tour , qui n^e&t toujours qu'une prison, quelque bon traitement qu'on vous y. fasse. Tu as raison, répondis-je. Va, «mon ami, sans perdre de temps , commencer cette négociation. Plût au ciel que nous fussions déjà dans notre retraite !

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