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centaine de pistoles que j'ai consignées , a eu la 'bonté de l'engager à prier le prince d'Espagne de vous faire relâcher;, et ce prince, qui, comme je vous l'ai dit souvent, ne peut rien lui refuser , a promis de demander au roi son père votre élargissement. Je suis venu au plus vite vous en avertir, et je vais retourner sur mes pas ^our mettre la dernière main à mon ouvrage. A ces mots il: me. quitta pour reprendre le chemin de la cour. Son troisième voyage ne fut pas long. Au bout de huit jours je vis revenir mon homme ^ qui m'apprit que le prince a voit, non sans peine, obtenu du roi ma liberté ; ce qui me fut confirmé dès le même joui* par le seigneur châtelain, qui vint me dire en m'embrassant : Mon cher Gil Blas, grâces au ciel, vous êtes libre ! Les portes de cette prison vous sont ouvertes ; mais c'est à deux conditions qui vous feront peut-^tre beaucoup de
|>rix de Tordre du roi qui met Gil Blas en liberté : mais il ne faut pa» Croire que Le Sage ait été réduit à chercher en Espagne les modèles et les exemples de cette prostitution des iayeurs de l'autorité. Il a rappelé simplement ce qui se passoit à Versailles sous madame de Maintenon. « La favorite qui gouyemoit si despotiquement la « France et le monarque, étoit elle-méûie assez rudement gouvernée « par Nanon Bahhien , vieille servante qu'elle avoit conservée damé- « nage de Scarron, et qui, par la force de l'habitude et des soins « domestiques , avoit pris sur elle un irrésistible ascendant. Cette fille « grossière, avide, inabordable , étoît recherchée par les plus grands « seigneurs. On a su que la nomination de la duchesse de Lude à la « place de dame d'honneur de la dauphine, qui viola tant de pro* « messes et surprit si fort la cour, avoit été négociée avec cette « Nanon par f entremise d'une autre vieille servante, moyennant « 60,000 francs. J'ai bien cherché si à cette époque du grand règne «il n'avoit pas existé en France quelque autre pouvoir encore « supérieur; mais j'avoue qu'il ne m'a pas été possible de monter plus « haut que Nanon Bmbbitn, 9 (M. Lé^iQirTBT^ Monarchie dt Louis XIK, pag. 4^3.)
ayo GIL BLAS.
peine, et que je me vois à regret obligé de vous faire savoir. Sa majesté vous défend de vous montrer à la cour, et vous ordonne de sortir des deux Castilles dans un mois. Je suis très mortifié qu'on vous interdise la cour. Et moi j'en suis ravi, lui répondis- je. Dieu sait ce que j'en pense. Je n'attendois du roi qu'une grâce, îl m'en fait deux. •
Étant donc assuré que je n'étois plus prisonnier , je fis louer deux^mules, sur lesquelles nous montâmes le lendemain, mon confident et moi, après que j'eus dit adieu à ÇogoUos^ et remercié mille fois Tordesillas de tous les témoignages d'amitié que j 'a vois reçus de lui '. Nous prîmes g£|iement la route de Madrid, pour aller retirer des mains du seigneur Gabriel nos deux sacs , où il y avoit dans chacun cinq cents doublons. Chemin faisant, mon associé me dit : Si nous ne sommes pas assez riches pour acheter une terre magnifique , nous pourrons en avoir du moins une raisonnable. Quand. nous n'aurions qu'une cabane, lui répondis-je, j*y serois satisfait de mon sort. Quoique je sois à peine au milieu de ma carrière , je me sens revenu du monde^ et je ne prétends plus vivre que pour moi. Outre cela, je te dirai que je me suis formé des agréments de la vie champêtre une idée qui m'etichante, et qui m'en fait jouir par avance. Il i^ie semble déjà que je vois Témail des prairies, que j'entends chanter les rossignols et murmurer les ruisseaux : tantôt je crois prendre le divertissement de la chassf , eX tantôt celui de la pêche. Imaginertoi, mon ami , tous les différents plaisirs qui
* lue bon Tordesillas reparoitra daqs cette histoire , et Gil Bias luî , rendra service , ci-après , livre xi , chap. xiri.