‹ Œuvres de Le SageChapitre 153 sur 321 · LIVRE IX, CHAP. X. ayî · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAP. X. ayî

fut de nous rendre chez Salero, pour retirer de ses mains nos doublons. Il nous reçut parfaitement bien, et me témoigna beaucoup de joie de me voir en liberté. Je vous proteste, ajouta^-t-il, que j'ai été si sensible à votre disgrâce , qu'elle în'a dégoûté de l'alliance des gens de cour. Leurs fortunes sont trop en l'air. J'ai marié ma fille Gabriela à un riche négociant. Vous avez fort bien fait, lui répondis-je : outre que cela est plus solide, c'est qu'un bourgeois qui dévient beau-^ère d'un homme de qualité n'«st pas toujours content de monsieur son g^idre.

Pui& changeant de discours , et venant au fait : Seigneur Gabriel, poufôuivis-je, ayez, s'il vous plaît, la bpnté de nous remettre les deux mille pistoles que.... Votre argent est tout prêt , interrompit l'orfèvre , qui , nous ayant fait passer dans son cabinet, nous montra deux sacs où ces mots étoient écrits sur des étiquettes. Ces sacs de doublons appartiennent au seigneur Gil Blas de Saritillcme. Voilà, me dit-il , le dépôt tel qu'il m'a été confié.

, Je rendis grâces à Salero dû plaisir qu'il m'avoit fait; et^ foi^t consolé d'avoir perdu sa fille, nous emportâmes les sacs à nôtre hôtel, où nous nous mîmes à visiter nos doubles pistoles. Le compte s'y trouva , à cinquante près, qui avoieM été employées aUx frais de mon élargissement. Nous- ne songeâmes plus qu'à nous mettre en état' de partir pour l'Aragon. Mon secrétaire se chargea du soin d'acheter* une chaises-roulante et deu3t mules. De mon côté, je fis provision de linge et d'habits«Pendant que j'allois et venois dans lesrues en faisant mes emplettesr, je rencontrai le bàrôn de Steinbach,

Gil Blas, II. tZ

cet officier de la garde allemande chez lequel don

Alphonse avoit été élevé.

Je saluai ce cavalier allemand, qui m'^ayant aussi reconnu , vint à moi et m'embrassa. Ma joie est extrême , lui dis-je, de revoir votre seigneurie dans la meilleure santé du monde, et de trouver en même temps l'occasion d'apprendre des nouvelles de mes chers seigneurs don César et don Alphonse de Leyva. Je puis vous en dire de certaines, me répondit-il, puisqu'ils sont tcms deux «actuellement à Madrid, et de plus logés dans ma maison. U y a près de trois mois qu'ils sont venus dans cette ville, «pour remercier le roi d'un bienfait que don Alphonse a reçu en reconnoissance des services que ses aïeux ont rendus à l'état. U a été fait gouverneur de la ville de Valence , sans qu'il ait demandé ce poste, ni prîé personne de le solliciter pour lui. Rien n'est plus gracieux, et cela faitjvoirxjue notre monarque aime à récompenser la valeur.

Quoique je susse mieux que Steinbach ce qu'il en falloit penser, je ne fis' pas semblant d'avoir la moindre connoissance de ce qti*il toe contoit. le lui témoignai une si vive impatience de saluer mes anciens maîtres, que pour la satisfaire il me mena chez lui sur-le-champ. J'étois curieux d'éprouver don Alphonse, et de juger par la réception iju'il me^feroit, s'il lui restoit encore quelque affection pour moi. Je le trouvai dans une salle où il jouôit aux échecs avec la baronne de Steinbach. U quitta le jeu et se leva dès qu'il m'aperçut. Il s'avança vers moi avec transport, et me pressant la tête entm ses bras : Santilkne, me dit-il d'un air qui marquoit une véritable joie, vous m'êtes donc enfin rendu! J'en

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