‹ Œuvres de Le SageChapitre 154 sur 321 · LIVRE IX, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAP. X

suis charmé. Il n'a pas. tenu à moî que nous n'ayons toujours été ensemble. Je vous avois prié, s'il vous en â;ou vient, de ne vous paS retirer du château de Leyva. Vous n'avez point eu d'égard à ma prière. Je ne vous en fais pourtant pas un crime, je vous sais même bon gré du nu>tif de votre retraite. Mais depuis ce tempslà vous auriez dû me donner de vo§ nouvelles, et m'épargner la peine de vous faire chercher inutilement à Grenade, où don Femand, mon beau-frère, m'âvoit mandé que vous étiez*

Après ce petit reproche, continua-t-il, apprenèi-moi ce que vous faites à Majfirid. Vous y avez apparemment quelque emploi. Soyez persuadé que je prends plus de part que jamais à ce qui vous regarde. Seigneur, lui répondis-je , il n'y a pas quatre mois que j'occupois à la cour un poste assez considérable. J'avois l'honneur d'être secrétaire et confident du duc de Lerme. Seroitil possible ! s'écria dton Alphonse avec un extrênie étonnement;.quoi! vous auriez 'été dans la confidence de ce premier ministre? J'ai gagné sa faveur, repri&-je, et je l'ai perdue de la manière que je Vais vous lé dire. Afors je lui'-raGontai toute cette histotre , et je finis mon récit par .la résplution .que j'avois pfise d'acheter, du peu de bien qui me restoit de ma prospérité passée , une chaumière pour y allej mener une vie retirée.

La fils de don Cé^ar, aprè»m'a^oir écouté avec beaucoup d'attention, me répliqua : Mon cher Gil Blas, vous savez que je vousr ai toujours aimé. Vous m'êtes encore plus cher que jamais , et il faut que je vous en donne des marques puisque. le ciel m'a mis en état d'augmenter vos biens. Vous ne serez plus le jouet de

!iy6 Qlh BLA9,

la fortune. Je veux vous affranebir de son pouvoir, en: vous rendant maître d'un bien qu'elle ne pourra vous oter. Puisque vous êtes dans h dessein de vivre à la campagne, je vous donne une^ petite terre, que nous avoûs auprès de Lirias, à quatre lieues de Valence. Vout la connoissjQZ, Cesf un présent que nous pouvons V0US âdrQrSfan^ nous incommoder* J'ose vous répondre que mon père ne me désavouera point, et que cela fera un. vrai pls^isir à Séraphine.

Je me jetai aux genoux de don Alphonse, qui me relpva. dans le it)om^nt.'Je lui baisai la main; et, plus charmé de son bon cœur que de son bienfait : Seigneur, lui ^srje, vo$<manières* m'enchantent. Le don que vous me feites m'est d'autant plus agnéable,. qu'il précède la oonnoi^sance d'un service que je vous ai rendu; et j'aime mieux le devoir à votre générosité qu'à votre reconnpissance. Mon gouverneur fut un peu surpris de ce discours, et ne manqua pas de nie demander ce que <î'étoit quç ce prétendu service. Je le lui appris, et lui ik un détail qui redoubla son étonnement. Ilétoitbien. éloigné de p wser, aussi-bien que le baron de Steinbach , ^uele gouvernement dé la ville de Valence lui eûtété donné^ar mon crédit. Néanmoins, n'en pouvant plus douter: Gil Blas, me dit4l, puiscpie c'est à vous que je dois-nion poste, je ne prétends point m'en tenir à k petite terre de Lirias. Je vous offre avec cela deux 4nille dupats;de pension.

HSkherlà! seigneur don Alphonse', interrorapis-je en cet endroiti Ne réveillez, pas mon»avarice; Les biens ne sont propres qu'à corrompre mes mœurs ; je ne l'ai i|ue.trop épix)uyé, J'acœpte volontiers votre terre de

Page 1