LIVRE Xj CHAP. II. 3oi
moi de venir me rejoindre à ma terre aussitôt qu'il ne? sera plus. J'attends de vous cette marque d'affection.
Je ne vous ferai point cette promesse , répondit ma mère, car je ne la tiendrois pas; je veux passer te l'esté de mes jours dans les Asturies, et dans une parfaite in*dépendance. Ne serez-vous pas toujours, lui répliquaije ^ maîtresse absolue dans mon château ? Je n'en sais rien, repartit-elle; vous n'avez qu'à devenir amoureux de quelque petite fille , vous l'épouserez ; elle sera ma bru, je serai sa hielle-mère; nous, ne pourrons vivre ensemble. Vous prévoyez, lui dis-je, les malheurs de trop loin. Je n'ai aucune envie de me marier; mais quand la fantaisie m'en prendroit , je vous réponds que j'obligerois bien ma femme à se soumettre aveuglément à vos volontés. C'est me répondre témérairement, reprit ma mère; et je demanderois caution de la caution. Je craindrois que votre complaisance pour votre épouse ne l'emportât sur la force du sang, et je ne voudroisi pas jurer que dans nos brouilleries vous ne prissiez plutôt le parti de votre femme que le mien , quelque tort qu'elle pût avoir*
Vous parlez à merveille ^ madame , s'écria mon secrétaire en se mêlant à la conversation; je crois, comme vous, que les brus dociles sont bien rares* Cependant, pour vous accorder vous et mon maître, puisque vous voulez absolument demeurer, vous dans les Asturies^ et lui dans le rayaume de Valence , il faut qu'il vous fasse une pension de cent pistoles que je vous apporterai ici tous les ans. Par ce moyen , la mère et le fil% vivront fort satisfaits à deux cents lieues l'un de l'autre* Les deux parties intéressées approuvèrent la.conven-
tion proposée; après quoi je payai la première année d'avance ; et je sortis d'Oviédo le lendemain avant le jour, de peur d'être traité par la populace comme un saint Etienne. Telle fut la réceptionque Ton me fit dans ma patrie. Belle leçon pour les hommes du commun, lesquels après s'être enrichis hors de leur pays, y veulent retourner pour y faire les gens d'importance! Plus ils y feront briller de richesses, plus ils seront hais de leurs compatriotes.