LIVRE X, CHAP. III. 3o
Je les fis sortir tou», et , retenant Scipion pour m^entretenirun peu avec lui-^ nous coinînençâmes par nous réjouir de Theureux* état où nous nous trouvions. On ne peut exprim^er la joie que moti secrétaire fit éclater. Eh bien! lui dis-je, mon ami, .que penses-tu du traite^ ment qu'on me fait par ordreMes seigneurs de Leyva? Ma foi, me répondit-il, je pense qu'on ne peut vous en faire un meilleur; je souhaite seulement que cela soit de longue*durée Je ne le souhaite pas, moi, lui répliquai-je; il ne me Qohvient pas de. souffrir que mes bienfaiteurs fassent pour moi tant de dépense; ce seroit abuser de leur générosité. De plus, jfe ne m'accommoderois point de valets aux gagés d'autrui : je croirois n'être pas dans ma maison. D'ailleurs je ne suis point venu ici pour vivre avec tant de fracas. Quelle folie ! Avons-nous besoin d'un si grand nombre de domestiques ? Non , il ne nous faut , avec Bertrand , qu'un cuisinier, un marmiton et un laquais ; cela nous suffira. Quoique mon secrétaire n'eût pas été fâché de subsister toujours aux dépens du gouverneur de Valence , il ne combattit point ma* délicatesse là -dessus; et, se conformant' à mes sentiments , il approuva la réforme que j.e.youlois faire. Cela' étant décidé, il sortit de mon appartement , et se retira dans le sien.
3iO GIL BLAS,