LIVRE X, CHAP. III
ii vit le jardin. Il le trouva comparable à celui de l'Escurial. Il ne powvoit se lasse#de le parcourir des yeux. Il est vrai que don César , cpii vénoit de tempwj en temps à Lirias, prenoit plaisir a le faire cultiver et embellir. Toutes les allées bien sablées et bordées d'orangers, un grand bassin de marbre blanc, au milieu^duquel un Uon de bronze vomissoittle l'eau, à gbos bouillons, "la bfeauté des fleurs, la diversité des fruits, tous ces objets ravirent Scipion; ftiais il fut particulièrement enchanté d'une longue allée qui conduisoit, en descendant touj ours ^'aii logement du fermier, et quedes arbres touffus couvraient de leur épais feuillage. En faisant l'éloge d'un lieu si propre à servir d'asile contre la chaleur , nous nous y an^êtàmes et nous nous assîmes au pied d'un ormeau, où le sommeil eut peu de*peine à surprendre^deux gaillards qui venoient de bien dîner. Nous nous réveillâmes en sursaut deux heures après, au bruit de plusieurs coups d'escopettes, lesquelles se firent entendre si près de nous, que nous en fûmes effrayés. Nous nous levâmes brusquement; et pour nous informer de la cause de ce bruit, nous*nous rendîmes à la maison du fermier. Nous y trouvâmes huit ou dix Villageois , tous habitants du hameau , qui , s'étaht assemblés là, tiroient et dérouilloieijt leurs armes à feu pour célébrer mon arrivée , dont ils -venoient d'être avertis. Jls me connoissoient la plupart, poUr m'a voir vu plus d'une fois dans le château exercer l'emploi d'intendant. Ils ne m'aperçurent paj plus tôt, qu'ils crièrent tous ensemble : Vive notre nouveau seigneur! qu'il* soit le bienvenu à Lirias ! Ensuite ils rechargèrent leurs escopettes^ et me régalèrent d'une décharge
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générale. Je leur fis Taccueil le plus gracieux qu'il me fut possible, avec gravité^ourtant, ne jugeant pas devoir trop me familiariser avec eux. Je les assurai de ma protection ; je leur lâchai même une vingtaine de pistoles; et ce ne fut pas, je crois, celle de 4nes manières qui leur plut le moins. Après cela jeleur laissai la liberté de jeter encore de Ja poudre au vent, et je me retirai avec mon secrétaire dans le bois , où nous nous promenâmes jusqu'à la nuit, âans nous lasser de voir des arbres ; tant la possession d'un bien nouvellement ncquis a d'abord de charmes pour nous !
Le cuisinier, l'aide àe cuisine et le marmiton n'étoient pas oisifs pendant ce tçmps-là ; ils travailloient à nous préparer un nepas supérieur à celui que nous avions fait; et nous fûmes dans le dernier étonnement, lorsque étant entrés dans la même salle où nous avions dîné, nous vîmes mettre sur la table un |)lat de quatre perdreaux rôtis, avec un civet de lapin d'un coté , et un chapon en ragoût de l'autre. Ils nous servirent ensuite pour entremets des oreilles de cochon, des poulets marines et du chocolat à la crème. Nous bûmes copieusement du vin de Lucène, et de plusieurs autres sortes de vins délicieux; et quand nous sentîmes que nous ne pouvions boire davantage sans exposer nôtre santé , nous songeâmes à fious aller coucher. Alors mes laquaia, prenant des flambeaux , me conduisirent au plus bel appartement, où ils s'empressèrent à me déshabiller; mais quand ils m'eurent donné ma robe de chambre et mon bonnet de nuit, je les renvoyai en leur disant d'un air de maître: Retirez -vous, messieurs, je n'ai pas besoin de vous pour le re^te.