‹ Œuvres de Le SageChapitre 174 sur 321 · X.IVRE X,-CHAP. IV. 3ii · texte numérisé non relu

X.IVRE X,-CHAP. IV. 3ii

désapprouves mon dessein; je ne puis aller trop tôt saluer les seign^rs à qui je dois ma petite fortune; chaque moment que je diffère, à m'acquitter de ce devoir semble m'accuser d'ingratitude. Pour toi, mon ami ^ je te dispense de m'aecompagner; demeure iqji petidant mon absence : je reviendrai te joindre auÉout de huit jours. Allez, monsieur, répondit-il; faites bien votre cour à don Alphonse et à son père ; ils me paroissent sensibles au zèle qu'on » pour e^ux, «t très reconnoissapts des services qu'on leur a rendus : les personnes de qualité de ce caractère-là sont si rares, qu'on ne peut assez les ménager. Je fis avertir Bertrand de se tenir prêt à partir ; et , tandis qu'il préparojt les mules, je pris mon chocolat. Ensuite je montai ^axï^ ma chaise, après avoir recommandé à m^s gens de re- .gs^rder Scipion comme un autre moirmême , et de suivre ses ordres ainsi que les miens.

Je me rendis à Valence en moins de quatre heures. J'a^l£^i descendra tout 'droit aux écuries du gouverneur: j'y laissai mon équipage, et je me fis conduire à l'ap^ parlement de ce seigneur, qui y étoit alors avec don César son père. J'ouvris la porte sans façon, j'entrai , et, les abordant tous deux avec respect : Les valets, leur dis-je, ne se font point annoncer à leurs maîtres; voici un de vos anciens serviteurs qui vient vous rendre ses devoirs. A ces mots, je voulus me prosterner devant eux; mais il^m'en empêchèrent, et m'embrassèrent l'un et l'autre avee toi|s les tén)oignages d'une véritable affection. Eh bien! i|ion cher Santillane, me dit don Alphonse, arest-vous été à Lirias prendre possession de votre terre ? Oui, seigneur, lui réppndis-je;

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et je, vous prie de trouver bon que je vous la rende. Pourquoi donc cela? répliqua -t -il; a- 1- elle quelque désagrément qui vous en dégoûte? Non par elle-même, lui repartis -je; au contraire, j'en suis. enchanté : tout ce qui m'en déplaît, c'est d'y voir des cuisiniers d'archevêque, avec trois fois plus de domestiques qu'il ne m'en faut, et qui ne servent là qu'à vous faire faire une dépense aussi considérable qu'inutile.

Si vous eussiez, dit d«i César, accepté la pension de deux mille ducats que nous vous offrîmes à Madrid, nous nous serions contentés de vous donner le château tel qu'il est ; mais vous savez que vous là refusâtes , et nous avons cru dévoir faire en récompense ce que nous avons fait. C'en' est trop ^ lui répondis-je; votre bonté doit s'en tenir au don de cette terre , qui a de quoi combler mes désirs. Vous dirai-je tout ce que j'en pense ? indépendamment de ce qu'il vous en coûte pour entretenir tant de monde , je vous projeste que ces gens-là me gêhent et m'incommodent. En un mot , ajoutai-je , messeigneuçs, reprenez votre bien, ou daignez m'en laisser jouir à ma volonté. Je prononçai d'un air si vif ces dernières paroles , que le père et le fils, qui ne prétendoient nullement me contraindre, me permirent enfin d'en user comme il me plairoit dans mon château.

Je les remerciois de m'avoir accordé cette liberté , sans laquelle je ne pouvois être heureux , lorsque don Alphonse m'interrompit en me disant : Mon cher Gil Blas, je veux vous présenter à une dame qui sera bien aise de vous voir. En parlant de cette sorte, il me prit par la main , et me mena dans Tappailement

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de Séraphine , qui poussa un cri de joie en m'apercevant. Madame , lui dit le gouverneur , -je crois que l'arrivée de notre ami Saniilkiie k Valence ne vous est" pas moins agréable qu'à moi. C'est de quoi , répondit-elle , il doit être J)ien persuadé ; le temps ne m'a point fait perdre le souvenir du service qu'il m'a rendu; et j'ajoute à la retîonnoissance *ique j'en ai, celle que je dois à un homme à qui vous avez obligation. Je di^ à 'madame la gouvernante que je u'étois que trop payé du péril qm j'avois partagé avec ses libérateurs en exposant ma vie pour elle ; et, après fofce compliments de part et d'autre, don Alphonse m'emmenft hors de J'appartement de Séraphine. Nous réjoignîmes don César , que nous trouvâmes dans une saUe avec plusieui^ personnes de qualité qui venoiènt dîner chez lui.

Tous ces messieurs me saluèrent fort poliment : ils me fîrén< d'autant plus dfr civilités , que don César leur dit que j'avois été un des principaux ^crétaipes du duc de Lerme. Peut-être même que la plupart d'entre eux n'ignorpient pas que c'tétoit par mon crédit que don Alphonse a voit obtenu le gouvernement du royaume de Valence, car tout se sait. Quoi qu'il en soit,, quand nous fûmes à table, on ne parla que du nouveau cardinal . Les uns en feisoient ou affectoient d'en.fiiire de grands éloges; et les autres ne lui donnoient que des louanges ironiques. Je jugeai bien qu'ils vouloknt par là m'engager à me répandre sur le compte de son éminence , et à lés égayer à ses dépens. Je me l'imaginai du moins , et je ne fus pas peu tenté de dire ce que j'en pensois; mais je retins ma

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langue , ol cette petite victoire que je remportai sur moi me fit passer dans l'esprit '.de la compagnie pour un garçon fort discret» ^

Les convives, après le dîner, se retirèrent chez eux pour faire la sieste; don Cés^r et son fils, p^es^ésde la même envie, «'enfermèrent dans leurs appartements.

Pour moi, p^in 4'impatience de voir une "ville dont j'avois souvent entendu vanter la Jjteautë , je sortis du palais du gouverneur dans le desseip'4it me promener dans les rues. Je rencontrai à la porte un homme qui vipt , d^un air respectueux , m'abprder en me disant ; Le seigioeur de Santillane veut I)iien me permettre de le saluer f Je lui demandai qui il^ étoit. Je suis , me r/épondit-ir, Valette chambre de don César; j'étois un- de ses laquais dans le temps qàe vous étiez son intendant ; je vous faisois régulièrement tous les matins ma cour , et vous aviez bien des bonté» pour moi.. Je vous informois de ce qui se passoit au- lo^is. Vous sçuvient-il, par exemple, qu'un jour je vous apprk que le chirurgien du village de Leyva s'introduisoit secrètement dans la chambre de la dame Lorença Séphora ? C'est ce que *|e, n'ai point oublié , lui répliquai-je. Mais à propos âe cette duègne , qù'estelle devenue ? Hélas ! .repartit-il, la pauvre créature après votre départ toniba en langueur, et mourut plus regrettée de Séraphine que de don Alphonse ^ qui parut peu touché de sa mort,

liC valet de chambre de don César, m'ayant instruit ainsi de la triste, fin de Séphora , me fit des excuses de m'a voir arrêté , et me laissa continuer mon chemin. Je ne pus m'empêcher de soupirer en me rappelant

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