‹ Œuvres de Le SageChapitre 178 sur 321 · LIVRE X, CHÀP. V. 3al · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHÀP. V. 3al

lies deux auteurs qui étoient à table , et qui, par une 'retenue aussi louable que rare, n'avoient rien dît de peur d'être sooipçonnés de jalousie, ne purent s'empê-» cher d'applaudir des yeux au sentiment du gentilhomme , ce qui me fit juger que leur silence étoit moins un effet de la perfedtion de l'ouvrage, que de leur politique. Pour les choTaliers, ils recommenoèrent à louer don Gabriel; ils le placèrent même parmi les dieux* Cette apothéose extravagante et cette aveugle idolâtrie firent perdre patience au Castillan, qui, levant les mains au ciel, s'écria tout à coup comme par enthousiasme : O divin Lope de Vega, rare et sublime génie, qui avez laissé un espace immense entre vous et tous les Gabriels qui voudront vous atteindre ^ ! et vous, moelleux Calderon, dont la douceur élégante et purgée d'épicpeest inimitable, ne craignez point tous deux que vos autels soient abattus par ce nouveau nourrisson des muses! Il sera bien heureux si la postérité, dont vous ferez les dépliées comme vous faites les nôtres, entend parler de liii.^

' Dans rintention de Le Sage, Lope de Vega est ici pour le grand Corneille. Galderon est pour Racine.

* Cette prophétie un peu dure ne s'est pas trop Térifiée; Heu»reusement Voltaire a prolongé sa yie, et a pu jouir par avance de quelques à-compte flatteurs sur sa gloire posthume. En 1774» Saint- Lambert dit de lui dans le poème des Saisons :

. Vainquent des deux rivaux qui rëgnoient sur la «cène , B*nn poignard pins traiicliant il arma Melpomène.

Voltaire sentit tout le prix de l'éloge que Saint-Lambert lui donnoit en poëte et motÎToit en connoisseur. Il le témoigna en ces tenàes :

Oui , déjà Saint-Lambert , en bravant tos clameurs . Sur ma tombe qui s'ouvre a répandu des fleurs. Aux sont harmonienx de son luth noble et tendre , Mes mines consolés ches 1m morts Tont descendra. Gil Blas. II. fki

3aa GIL BLAS.

Cette plaisante apostrophe, à laquelle {^rsonne ne s'étoit attendu, fit rire toute la compagnie, qui seleya* de table en belle humeur et s'en alla. On me conduisit, par ordre de don Alphonse, à Tappartement qui rai'avoit été préparé. J'y trouvai un bon lit, où ma seigneurie ^'étant cQUichée, s'endormit en déplorant, auasi<-bien que le gentilhomme castillan, l'injustice qile les ignorants faisoient à Lope et à Catd^ron. ^

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