‹ Œuvres de Le SageChapitre 192 sur 321 · LIVRE X, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. IX

Madame la gouvernante fut à peine arrivée au châ.te^u , qu'elle témoigna une extrême impatience de voir Antonia, qui de son coté ne sut pas plus tôt la venue de Séraphine, qu'elle accourut pour la. saluer et lui baiser la main, ce qu'elle fit de si bonne grâce, que toute la compagnie l'admira. EhbiSn! madame, dit don César à sa belle-fille, que pensez-vous d'Antonia ? Santillane pouvoit-il faire un meilleur choix ? Non , répondit Séraphine ; ils sont tous deux dignes l'un de l'autre ; je ne doute pas que leur union ne soit très heureuse. Enfin chacun donna des louanges à ma future; et, si on la loua fort sous son habit de serge , on en fut encore plus charmé lorsqu'elle parut sous un plus riche habillement. Il sembloit qu'elle n'en eût jamais porté d'autres, tant son air étoit noble et son action ai^ée.

Le moment où je devois par un doux hymen voir attacher mon sort au sien étant arrivé , don Alphonse me prit par la main pour me conduire à l'autel, et Séraphine fit le même honneur à la mariée. Nous nous rendîmes tous deux dans cet ordre à la chapelle du hameau^ où le grand vicaire nous attendoit pour nous marier ; et cette cérémonie se fit aux acclamations des habitants de Lirias et de tous les riches laboureurs des environs , que Basile avoit invités aux noces d'Antonia. Ils a voient avec eux leiirs filles, qui s'étoient parées de rubans et de fleurs , et qui tenoient dans leurs mains des tamboursd^ basque. Nous retournâmes ensuite au château , où, par les soins de Scipion , l'ordonnateur du festin, il se trpuva trois tables dressées , l'une pour les seigneurs, l'autre pour les personnes

de leur suite, et la troisième, qui étoit la plus grande, pour tous ceux qui avoient été conviés. Antonia fut de la première, madame la gouvernante l'ayant ainsi voulu ; je fis les honneurs de la seconde, et Basile se mit à celle des villageois. Pour Scipion , il ne s'assit à aucune table*: il ne faisoit qu'aller et venir de l'une à l'autre , donnant son attention à faire bien servir et contenter tout le monde.

C'étoit par les cuisiniers du gouverneur que le repay avoit été préparé; ce qui suppose qu'il n'y manquoit rien. Les bons vins dont maître Joachim avoit fait provision pour moi y furent prodigués; les convives commençoient à s'échauffer , l'allégresse régnoit partout , quand elle fut tout à coup troublée par un incident qui m'alaripa. Mon secrétaire , étant dans la salle où je mangeois avec les principaux officiers de don Alphonse et les femmes de Séraphine, tomba subitement en foiblesse et perdit toute connoissance. 3e me levai pour aller à^son secours; et, tandis que je m'occupois à lui faire reprendre ses esprits, une de ces femmes s'évanouit aussi. Toute la compagnie jugea que ce double évanouissement renfermoit quelque mystère, comme en effet il en cachoit un qui ne tarda guère à s'éclaircir; car bientôt a|M:*ès Scipion , étanti revenu à lui, me dit tout bas : Faut-il que le plus beau de vos jours soit le plus désagréable des miens ? On ne peut éviter son malheur, ajouta-t-il; je viens de retrouver ma femme dans une suivsmte de Séraphine.

Qu'entends-je ! m'écriar-jc, cela n^est.pas possible. Quoi ! tu serois l'époux de cette dame qui vient de se prouver mal en même temps que toi.î^ Oui, monsieur,

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